DISCOURS referat





















TECHNIQUES ARGUMENTATIVES ET MOTS       DU DISCOURS





PATRAUCEANU OANA

CLIMA IULIANA





BACAU


Avant propos



Je me suis proposé, dans le présent travail, de démontrer que les techniques argumentatives et les connecteurs argumentatifs ont une grande importance dans l’argumentation, opération qui «fait partie de notre vie quotidienne» .

Structurés en cinq chapitres, le travail veut clarifier certaines notions qui appartiennent au champ argumentatif. Le premier chapitre passe en revue les chercheurs qui ont étudié l’argumentation en abordant des perspectives diverses. Dans le deuxième chapitre j’ai donné quelques exemples de définitions de l’argumentation, puis j’ai présenté l’argumentation comme une opération discursive. J’ai suivi dans le troisième chapitre la liaison entre l’argumentation et la pragmatique et de même j’ai abordé l’argumentation comme théatralité. Mais je n’ai pas oublié de présenter des méthodes pour convaincre l’auditoire. Je peux dire que le quatrième chapitre a une structure complexe: Techniques argumentatives et mots du discours. Pour mettre en évidence les connecteurs argumentatifs j’ai choisi des exemples divers de Candide ou l’optimisme de Voltaire. Dans ces exemples j’ai tenté de souligner que les connecteurs argumentatifs articulent les actes de langage en orientant le raisonnement de l’énoncé.







I. L’argumentation Le stade actuel de la recherche



I.1. Introduction



On a souvent affirmé que la renaissance de l’argumentation au XX-ème siècle[a1] , son retour en force pendant la deuxième moitié de notre siècle s’expliquent par un terrain historique favorable ; elle est contemporaine de l’intérêt toujours accru pour la langue naturelle et sa logique. D’une part se multiplient les études sur le langage naturel et sur la logique naturelle, débouchant sur la pragmatique et la théorie du discours, domaine dépassant l’immanence du langage par la prise en charge de l’énonciation, des facteurs situationnismes, interactifs et intentionnels. D’autre part, les universités ont créé des enseignements axés sur la persuasion. La rhétorique connait ainsi un nouveau souffle. Des chercheurs modernes ( par exemple, Christian Plantin) prennent le terme de rhétorique dans son acception ancienne de théorie des discours sociaux liés à la manipulation, à la propagande, ainsi qu’aux savoirs communs ou à l’action argumentée. Ces discours en dépendance essentielle de leur contexte, sont orientés par l’intention des énonciateurs de produire des effets déterminés sur des destinataires différenciés.

Une logique juridique, pleinement justifiable de l’art d’argumenter se fait jour. Somme toute, le xx ème siècle est caractérisé par la parole argumentative. Cette parole argumentative se reflète dans le discours quotidien. Voici ce qu’écrit à ce sujet Pierre Oléron : « L’argumentation fait partie de notre vie quotidienne. Il n’est guère de pages d’un journal, de séquences à la radio, ou à la télévision qui n’exposent ou ne rapportent les arguments d’un éditorialiste, d’un invité, d’un homme politique, d’un auteur, d’un critique… Les textes ou présentations explicitement publicitaires argumentent pour justifier d’achat ou la consommation d’une marchandise ou de quelque produit culturel. À l’égard de ceux-ci, des magazines ou des chroniques spécialisées se livrent à des examens critiques qui font apparaitre qualités ou faiblesses et incitent à les adopter ou les rejeter. Et même la description d'événements, voire la présentation d'images sont parfois des arguments implicites en faveur de thèses, que l'habileté de leurs défenseurs conduit ici à ne pas démasquer davantage.

Chacun de nous, par ailleurs, à divers moments, en diverses circonstances, est amené à argumenter, qu'il s'agisse de plaider sa cause, de justifier sa conduite, de condamner ou de louer amis, adversaires, hommes publics ou parents, de peser le pour et le contre d'un choix ou d'une décision. Et il est la cible d'arguments développés par d'autres dans les mêmes contextes, sur les mêmes sujets» . L argumentation appartient à la famille des actions humaines qui ont pour objectif de convaincre. De nombreuses situations de communication ont en effet pour but d'obtenir d’une personne, d’un auditoire, d’un public, qu’ils adoptent tel comportement ou qu’ils partagent telle opinion. On rencontre fréquemment ces situations dans la vie quotidienne, sur un plan aussi bien privé que professionnel, comme par exemple dans le cadre plus général de la négociation.

Du point de vue théorique, le XX-ème siècle se caractérise par le passage du paradigme issu des théories aristotéliciennes et de ses continuateurs romains au paradigme élargi d‘une rhétorique épistémique et d‘une théorie du discours, conçues comme des modes de connaissance et d‘influence des destinataires.



I. 2. Perelman et les effets manipulateurs du discours


Les ouvrages de Chaïm Perelman, et plus particulièrement le Traité de l’argumentation qu’il écrivit en 1958 avec Lucie Olbrechts-Tyteca, sont passés inaperçus en leur temps. Philosophe du droit, Perelman a eu pour objectif de retrouver dans les pratiques les plus diverses de l’argumentation (au barreau bien sûr, mais aussi et surtout en philosophie et en littérature) les principes qui fondent une logique des valeurs. Il se situe dans la grande tradition aristotélicienne puisque, contrairement à la plupart de ses contemporains, il ne dédaigne pas le vraisemblable ni l’opinion. Son œuvre a fait l’objet de critiques, notamment de la part de ceux qui auraient souhaité une étude sur les aspects non rationnels et malhonnêtes de la rhétorique. Il est vrai que Perelman n’ose pas vraiment tenir compte de la mauvaise foi ni des formes caractérisées de manipulation : la sophistique est pratiquement exclue du Traité, de même que toute l’argumentation fondée sur la violence et les rapports de force. Il est paradoxal que ceux qui se sont inspirés de Perçant sont parfois les mêmes qui ont étudié les effets manipulateurs du discours: C’est le cas notamment de Marc Angenot, auteur de La Parole pamphlétaire (Payot, 1982). Un autre reproche serait de n’avoir pas abordé de manière suffisamment systématique les aspects formels de la rhétorique, en un mot, l’élocution. Mais il est vrai que le Traité étudie l’argumentation, et non l’ensemble du champ rhétorique. La pensée de Perçant n’a bénéficié de l’audience méritée que depuis la fin des années soixante-dix, au moment où parut L’Empire rhétorique (Paris, Brin, 1977), ouvrage dans lequel il résumait le Traité. Les lacunes de Perçant ont du reste été comblées par d’autres, notamment de nombreux chercheurs américains souvent inconnus des Français mais auxquels Christian Plantin a su rendre leur juste place (Essais sur l’argumentation, Paris, Kimé, 1990), tout comme l’école allemande, avec en particulier Heinrich Laïusseur. La fortune du travail des pionniers de la nouvelle rhétorique est riche de conséquences. Le Traité de l’argumentation a ouvert la voie à de nombreuses recherches en rhétoriques, en logique, en psychologie, en sociologie, en linguistique discursive.


I.3. Les techniques de persuasion


C’est surtout depuis les années cinquante que les chercheurs se sont intéressés aux techniques de persuasion. La motivation des masses a d’abord été l’objet de la propagande politique, avant de devenir la préoccupation des publicitaires. Lorsque Vance Packard écrit en 1958 La Persuasion clandestine, il ne parle pas de rhétorique, mais son approche psychosociologique n’est pas sans concerner les phénomènes du discours.

On retrouvera une problématique comparable en France avec Jean-Noël Kapferer, auteur des Chemins de la persuasion. C’est surtout avec la sémiologie que la perspective rhétorique est véritablement retrouvée, notamment lorsqu’elle s’intéresse au discours et à la représentation visuelle. Un article de Roland Barthes, intitulé Rhétorique de l’image parait dans le numéro 4 de la revue Communications» en 1964. L’auteur y analyse les codes et les réseaux de significations d’une image publicitaire dans la perspective sémiologique, alors que jusque là les chercheurs américains pour la plupart, s’en tenaient à une approche motivationniste. Ce qui est nouveau, c’est l’intérêt porté dès cette époque aux messages non verbaux (images, vêtements, gestuelle, rites de politesse) dont la sémiologie montre qu’ils fonctionnent comme des langages, des systèmes de signes.

Quelques années plus tard, Jacques Durand propose dans la même revue (no 15, 1970 : Rhétorique et image publicitaire ) un inventaire des figures utilisées dans l’image publicitaire. Dans un esprit structuraliste, il part d’un tableau sensiblement identique à celui du groupe Mu et donne des exemples de gradations, d’hyperboles, d’antithèses et de nombreuses autres figures qui n’étaient étudiées jusqu’alors que dans le discours. Le parallélisme des moyens rhétoriques entre langue et image est frappant, et la démonstration convaincante.


I.4. L’approche tropologique et l’art de plaire


Quoique liée à la précédente, cette autre approche est sans doute plus contestable, tant dans sa méthode que dans la définition de la rhétorique sur laquelle elle se fonde. Certains linguistes de la même période ne se sont en effet intéressés qu’à la rhétorique des tropes (figures d’écart), en la réduisant à l’élocution, perpétuant ainsi les lacunes de l’époque classique déjà signalées. La rhétorique n’est plus l’art de persuader, mais simplement celui de plaire. Cette approche purement figurale nous fait remonter, entre autres auteurs, à l’encyclopédiste Du Marsais qui, dans son traité, Des Tropes ou des différents sens, répertorie les figures rencontrées exclusivement dans la littérature. Dans ses exemples, il délaisse les orateurs pour privilégier les poètes, latins en particulier. Un siècle plus tard, Pierre Fontaine adopte la même démarche et fait un classement plus complexe dans deux ouvrages, Manuel classique pour l’étude des tropes (1821) et Des figures autres que tropes (1872), que Gérard Genette a réunis sous le titre : Les figures du discours (Paris, Flammarion, 1968. Dans un article intitulé La rhétorique restreinte ('Communications ', non 16, 1970), Genette montre comment les classements combinés des deux auteurs, qui évincent du domaine des tropes un grand nombre de figures, accréditent les hypothèses des linguistes modernes pour obtenir le couple figural exemplaire métaphore et métonymie. Il fait référence bien sûr à toute la linguistique structurale et à Roman Jakobson en particulier qui ramène l’univers du langage à deux axes, syntagmatique et paradigmatique, simple repère orthonormé sur lequel devraient s’expliquer toutes les virtualités du langage. Les linguistes continuent de considérer que la rhétorique se limite à l’élocution. Le groupe Mu, auteur d’une Rhétorique générale, s assigne pour mission de systématiser des procédés en les intégrant à une grille. Les figures sont donc mises en tableau avec la même rigueur scientifique que les éléments chimiques. La rhétorique se veut malgré toute générale, puisqu’elle prétend rendre compte des processus symbolisateurs et sémantiques fondamentaux, dépassant par là le cadre de l’élocution. Il semble qu’une théorie qui éloigne délibérément les sujets parlants, écrivains ou lecteurs de son champ d’étude et qui traite du langage comme d’un système plus ou moins clos plutôt que d’un ensemble de phénomènes de communication, se situe bien en deçà de l’ouverture traditionnelle de la rhétorique qui doit prendre en compte, qu’on le veuille ou non, l’ensemble des moyens de persuasion.


I. 4. Les approches logico-linguistiques


La recherche n’a pas seulement porté sur l’élocution et les figures. Elle s’est aussi intéressée à l’argumentation. Son mérite est d’avoir essayé de traiter les messages selon les règles de la logique formelle. En faisant évoluer la logique à partir de la syllogistique aristotélicienne, des chercheurs tels que Wittgenstein, Frege, Russel, Quine, etc., recherchent les principes d’une philosophie du langage. Leurs problématiques diffèrent de celle de Perelman en ce sens que toute tentative d’assimilation du discours à la logique suppose qu’il n’y a que du rationnel dans le langage. Perelman part au contraire du principe selon lequel l’argumentation n’existe que parce qu’il y a un auditoire, principe qui relativise le caractère logique du discours et qui pose une différence ontologique entre le langage formel de type logico-mathématique, exempt d’ambiguïté parc qu’il ne traite que de propositions évidentes, et le langage naturel dont les possibilités sont infinies et la souplesse nécessaire, puisqu’il doit gérer les incertitudes de la sémantique et le caractère affectif des relations entre les interlocuteurs. On pense donc que l’approche formalisante des logiciens et des linguistes ne concerne, tout comme l’approche tropologique, qu’une partie de la rhétorique (l’argumentation) et à partir de présupposés nettement différents.

Une autre approche néo-linguistique est représentée par des chercheurs tels que Jean-Claude Anscombre et Oswald Ducrot. Liée à la pragmatique linguistique de l’école d’Oxford, et notamment de Searle et Austin, cette tendance s’efforce de resituer les actes de langage dans leurs contextes énonciatifs, en refusant de considérer que l’analyse de l’énoncé, dans son contenu explicite, suffira à faire comprendre l’argumentation. L’énoncé est, en effet, indissociablement lié à des présupposés et à des implications, c’est-à-dire à des implicites situés en amont et en aval du discours, conditionnant l’intelligibilité de l’explicite et les conclusions qu’on peut en tirer. Cette linguistique a le mérite de sortir du système totalement clos de l’analyse d’énoncés et de s’intéresser aux processus d’énonciation eux-mêmes. Elle recherche les principes de l’argumentation dans la langue, alors que Perelman et la plupart des chercheurs américains de la même époque l’analysaient dans le discours. L’objectif des linguistes est de trouver, à travers une étude de l’explicite, des constantes et des variables révélatrices d’un système autonome est censé admettre. Système non clos, mais système tout de même. L’argumentation se réduit en fait à une combinatoire théoriquement limitée de processus logico-linguistiques qui semblent exister indépendamment de la psychologie et de l’histoire, bref de la richesse et de la complexité humaine. La validité d’un argument s’apprécie alors d’après sa place et sa présentation dans l’énoncé, sans qu’il soit besoin de tenir compte de la personnalité ni de la culture des interlocuteurs. On voit que la linguistique, en dépit de ses intéressants apports pour la compréhension des phénomènes de communication, n’abandonne pas sa tendance au systématise structuraliste.

On a vu dans ce chapitre la renaissance de l argumentation, sa filiation avec la rhétorique, la logique. Se situant dans la tradition aristotélicienne, Chaïm Perelman avec Lucie Olbrechts-Tyteca ont étudié les effets manipulateurs du discours. Vance Packard a suivi la même direction en étudiant les techniques de persuasion. D’autres linguistes se sont intéressés à l’approche tropologique et l’art de plaire. Mais la recherche n’a pas seulement portée sur l’élocution et les figure. Jean-Claude Anscombre et Oswald Ducrot ont suivi une approche linguistique. Alors que     Perelman a analysé le discours, ces derniers chercheurs ont étudié les principes de l’argumentation dans la langue.












L’Argumentation dans la recherche linguistique




II.1. Définitions de l’argumentation

La communication peut être définie comme un échange de messages réalisé par interaction. L’argumentation est un type spécial d’interaction. L’argumentation est un phénomène social dans la vie quotidienne qui mobilise des intentions, des stratégies d’adéquation cognitive et interpersonnelle et actualise une somme de processus de divers types : l’inférence, l’explicitation, l’induction, la déduction, l’implication.

Du point de vue social, l’argumentation est une forme des techniques d’influence que les individus mettant en mouvement des formes divers et avec des objectifs multiples lorsque la vie sociale donne la naissance à la situation et y est inscrite. Du point de vue pragmatique, l’argumentation vise une transformation de la dissension en conflit. Comme une forme de communication, elle comporte des informations, mais en même temps véhicule des éléments qui visent à créer des attitudes, des dispositions ou des convictions. Selon Grice , l’argumentation représente un phénomène complexe caractérisé par des contraintes lexicales, grammaticales, sémantiques et discursives et elle a deux composantes de base : la composante explicative qui a à la base des enchainements logico-déductifs, des règles sémantiques, syntaxiques et pragmatiques, mais la deuxi me est une composante séduisante constituée de points de vue.

L’argumentation peut être considérée comme un mode d’organisation du discours. L’argumentation permet la production des arguments. Elle se manifeste dans le cadre du discours argumentatif et elle se manifeste dans la présence de deux ou plusieurs personnes. Le discours argumentatif contient un message argumentatif qui n’a pas de sens, ni d’efficacité s’il n’est pas réceptionné de personne. L’argumentation essaye réaliser une diminution des distances parmi les interlocuteurs et c’est pourquoi elle se transforme dans un domaine de la négociation.

Des linguistes comme Christian Plantin considèrent l’argumentation comme une quatrième fonction du langage, selon l’expression de Popper : «La fonction argumentative, fonction critique, caractérise les langues naturelles. Elle opère une restructuration de trois fonctions primaires repérées par Bühler dans le procès général de communication : exprimer le soi, faire impression sur l’autre, décrire le monde. Elle leur donne sens en les soumettant aux exigences d’une situation problématique, d’une rencontre polémique où des positions et des intérêts se conjuguent ou se heurtent.» Convaincre est l’une des modalités essentielles de la communication, suivant que l’intention est d’exprimer un sentiment, un état, un regard singulier sur le monde ou sur soi ou d’informer, c’est-à-dire de décrire le plus objectivement possible une situation ou encore de convaincre, c’est-à-dire de proposer à un auditoire d’adhérer à une opinion. Exprimer, informer, convaincre : ces trois registres ne se confondent pas, même si, du fait de la richesse de la parole humaine, leurs frontières ne sont pas toujours si précises que le voudrait la théorie.

Mais Pierre Oléron a adopté la définition suivante : l’argumentation est « la démarche par laquelle une personne- ou un groupe – entreprend d’amener un auditoire à adopter une position par le recours à des présentations ou assertions - arguments – qui visent à en montrer la validité ou le bien fonde.» On peut remarquer que l’argumentation fait intervenir plusieurs personnes: celles qui la produisent, celles qui la reçoivent, éventuellement un public ou des témoins. Donc, l’argumentation est un phénomène social. On sait qu’elle n’est pas un exercice spéculatif, comme le seraient par exemple la description d’un objet, la narration d’un événement. C’est une démarche pour laquelle une des personnes vise à exercer une influence sur l’autre. L’argumentation fait aussi intervenir des justifications, des éléments de preuve en faveur de la thèse défendue, qui n’est pas imposée par la force. C’est une procédure qui comporte des éléments rationnels ; elle a ainsi des rapportes avec le raisonnement et la logique.

Pour O. Ducrot et J-C Anscombre, argumenter c’est « présenter un énoncé E1 (ou un ensemble d énoncés ) comme destiné à faire admettre un autre (ou un ensemble d’autres ) E2 » . Le verbe présenter y a une grande importance : l’énonciateur qui argumente ne dit pas E1 pour que le destinataire pense E2, mais il présente E1 comme devant normalement amener son interlocuteur à conclure E2 ; il définit donc un certain cadre à l’intérieur duquel l’énoncé E1 conduit à conclure E2 et l’impose au co-énonciateur. Une telle définition est cependant insuffisante pour mettre en évidence ce qu’a de particulier l’argumentation langagière, celle qui s’exerce dans l’usage ordinaire de la langue. Le point décisif est qu’il existe des contraintes spécifiquement linguistiques pour régler la possibilité de présenter un énoncé comme un argument en faveur d’un autre. On considère ces deux énoncés :

(1) Jean n’a pas vu tous les films de Spielberg.

(2) Christian a vu quelques films de Spielberg.

D’un point de vue strictement informatif il est tout à fait possible que Jean ait vu beaucoup plus de films de Spielberg que Christian. Pourtant, et c’est là l’élément crucial, d’un point de vue argumentatif il apparait une divergence inattendue entre (1) et (2) : ( 1) est orienté vers une conclusion négative (par exemple : « il ne pourra pas écrire pour la revue ») tandis que (2) permet d’enchainer sur une conclusion positive (par exemple : « il nous sera utile »). La structure linguistique contraint l’argumentation indépendamment de l’information proprement dite véhiculée par les énoncés.

Argumentation


fait de discours normé           fait de langue

scientifiquement                     pragmatiquement

raison scientifique :                action pratique :

VÉRITÉ ÉFFICACITE

LOGIQUE RHÉTORIQUE


METHODE


Formelle                non formelle,

technique               dialectique



logique        scientifique

Arg.-1       Arg.-2 Arg.-3 Arg.-4 Arg.-5


Ce schéma appartient à Ch. Plantin , aussi le terme argumentation» recoure-t-il plusieurs perspectives : il peut être vu comme fait du discours (pragmatique et scientifique à la fois) et comme fait de langage. L’énonciateur en partant d’un motif scientifique, d’un discours scientifique, réalise une action pratique, un discours pragmatique. Le discours scientifique suit la vérité d’une perspective logique en utilisant une méthode formelle technique ou une méthode non-formelle dialectique. On observe aussi que le discours pragmatique suit l’efficacité d’une perspective rhétorique. Pour argumenter, l’énonciateur utilise un argument logique (Arg.-1), un argument scientifique (Arg.-2), un argument dialectique (Arg.-3), un argument rhétorique (Arg.-4) et un fait de langue (Arg.-5).

Christian Plantin nous propose une autre définition intéressante : «l’argumentation est l’opération linguistique par laquelle un énonciateur avance un énoncé-argument dont la structure linguistique oriente le destinataire vers certains enchainements . Selon cette vision généralisée de l’argumentation, on voit que les enchainements d’énoncés sont pré-formés «argumentativement» dans la langue. L’opposition des lieux de l’argumentation-langue ou discours-on recouvre une autre. Si l’on place l’argumentation dans la langue, argumenter, c’est faire sens, on assimile le fait d’argumenter au fait de parler, et une norme argumentative est ipso facto inconcevable, dans la mesure où elle serait une intervention sur les pratiques linguistiques elles-mêmes. Pour qu’une norme argumentative puisse apparaitre, il faut se placer dans les discours.



Définir une norme discursive, c’est poser une intention externe aussi bien à la langue qu’à l’activité discursive, un but susceptible d’être approché au moyen de la langue qui n’est qu’un instrument. On voit qu’il apparait le problème de l’évaluation de l’argumentation: une argumentation sera bonne ou mauvaise selon qu’elle servira bien ou mal un but défini pré-et extra-discursivement. On distinguera deux grands types de fonctions servies par l’argumentation, selon l’opposition du théorique, dont la norme est la vérité, au pratique, dont la norme est l’efficacité.

L’apparition de la théorie moderne de l’argumentation en tant que nouvelle rhétorique est attestée par la publication en 1958 du classique Traité de l’argumentation, dû à Chaïm Perelman et à Lucie Olbrecht-Tyteca et qui marque l’apogée de l’école de Bruxelles.

Leur théorie de l’argumentation constitue une rupture avec une conception de la raison et du raisonnement issu de René Descartes et qui avait marqué de son sceau la philosophie occidentale des trois derniers siècles. « Le domaine de l’argumentation – écrivent dans l’Introduction les auteurs de Trait - est celui du vraisemblable, du plausible, du probable, dans la mesure ou ce dernier échappe aux certitudes du calcul »

On a bien observé que J.-C. Anscombre et O. Ducrot analysent l’argumentation au niveau de la langue, mais Ch. Perelman et L. Olbrecht-Tyteca analyse l’argumentation au niveau du discours. On sait que l’argumentation contraint la communication parce qu’au niveau des interventions elle a un rôle important dans l’accomplissement de la cohérence. Au niveau de l’échange elle a un rôle important dans l’achèvement et l’expansion de l’acte d’argumentation. Mais la communication contraint aussi l’argumentation. L’argumentation fait partie de la vie quotidienne, en étant une forme spéciale d’interaction. Donc, la communication quotidienne est argumentative.


II.2. Des méthodes pour convaincre l’auditoire



L’acte de convaincre se présente, d’une manière générale, comme une alternative possible à l’usage de la violence physique. On peut en effet obtenir d’autrui un acte, un général non souhaité, en usant de la force. Renoncer à utiliser la force représente un pas vers plus d’humanité, vers un lien social partagé et non imposé.

La manipulation psychologique, largement utilisée pour convaincre, par exemple dans certains techniques de vente, relève également d’une violence exercée sur l’autre comme le montrent les expériences rapportées par Joule et Beauvois dans le Petit traité de manipulation à l’usage des gens honnêtes. Les moyens de convaincre peuvent aussi, dans cette perspective, être mis en oeuvre discrètement, voire sans que l’autre sache qu’il est l’objet d’une sollicitation, comme dans les situations décrites par Avance Packard dans son ouvrage La Persuasion clandestine (1963). De nombreuses formations à la communication ne sont ni plus ni moins que l’apprentissage de procédés visant à enserrer l’autre dans un piège mental dont il ne sortira qu’un adoptant l’acte ou l’opinion qu’on lui propose.

On peut aussi convaincre à l’aide de méthodes plus douces. La séduction est fréquemment utilisée pour entrainer l’autre ou même des publics entiers, à partager tel point de vue. On sera ainsi amené à penser comme l’orateur parce qu’il est séduisant. Nombre d’hommes politiques jouent sur cette corde sensible en établissant une relation quasi charnelle avec leur auditoire, d’où toute connotation sexuelle n’est pas exclue. La pratique qui consiste à toucher physiquement l’électeur relève de ces méthodes.

La séduction a de tout temps constitué l’un des moyens puissants d’entrainer la conviction. Celle-ci prend des formes très variées. À l’oral comme à l’écrit, l’usage de figures de style, qui enjolivent le discours en le rendant agréable à entendre relève de cette stratégie. Un slogan comme «un verre ça va, deux verres, bonjour les dégats», qui fait appel à une figure de rythme assez précise, n’est pas tant convaincant par ce qu’il argumenterait ou démontrerait que par sa présence agréable à l’oreille qui crée un sentiment d’évidence.

D’autres moyens de convaincre font appel moins aux sentiments qu’à la raison. Il s’agit de la démonstration, c’est-à-dire de l’ensemble, des moyens qui permettent de transformer une affirmation ou un énoncé en un fait établi, que personne ne pourra contester, sauf à lui opposer peut-être un autre énoncé, mieux démontré. Ainsi si l’on soulève un objet et qu’on le lache sans lui imprimer de direction particulière, celui-ci se dirigera irrésistiblement vers le bas (au moins sur Terre) en suivant une trajectoire prévisible, décrite par la loi scientifique de la chute des corps. Pour convaincre qu’il s’agit là d’un fait établi, le chercheur met en place une démonstration, acceptée par ses pairs, qui peuvent la vérifier, et par le public, sur la base de la confiance dans les experts. La loi de la chute des corps ne s’argumente pas (il ne s’agit pas d’une opinion), elle se discute entre scientifiques, puis se prouve et se v rifie.

L’argumentation, moyen puissant pour faire partager par autrui une opinion (qui peut avoir comme conséquence une action), s’écarte aussi bien de l’exercice de la violence persuasive que du recours à la séduction ou à la démonstration scientifique. Il s’agit donc d’une particulière, dont nous allons nous attacher à saisir la spécificité ainsi que les exigences qui entourent sa mise en oeuvre.

























III. L’Argumentation et la pragmatique


III.1 Argumentation, communication et pragmatique


Depuis quand l’homme pratique-t-il l’argumentation ? On serait tenté de dire : depuis qu’il communique. Mieux encore : depuis quand il a des opinions, des croyances, des valeurs, et qu’il met tout en ouvre pour les faire partager par d’autres. C’est-à-dire depuis toujours, dans la mesure où l’homme s’identifie à une parole, à un point de vue propre sur le monde dans lequel il vit.

Définir le champ de l’argumentation implique de bien saisir la spécificité de cet acte essentiel de l’activité humaine. C’est l’objet de ce sous-chapitre. Trois éléments essentiels permettent de mieux circonscrire ce champ :

argumenter, c’est d’abord communique : nous sommes donc dans une situation de communication, qui implique, comme toute situation de ce type, des partenaires et un message, une dynamique propre ;

argumenter n’est pas convaincre à tout prix, ce qui suppose une rupture avec la manipulation au sens où celle-ci n’est pas regardante sur les moyens de persuader ;

argumenter, c’est raisonner, proposer une opinion à d’autres en leur donnant de bonnes raisons d’y adhérer.

L’exercice, on le voit, n’est pas simple. Argumenter suppose en effet que celui qui se lèvre reconnaisse qu’il s’implique dans une situation de communication. Nul doute que quelqu’un qui s’acharnerait à convaincre «dans le vide» ou encore qui s’adresserait à ce que certains philosophes ont appelé un «un auditoire universel», c’est-à-dire à personne en particulier, risquerait de rencontrer certaines difficultés. Dans ce sens, une argumentation n’est jamais universelle (alors que la démonstration d’un théorème mathematique, par exemple, l’est).

Argumenter, c’est aussi savoir se resteindre au nom d’une étique: il est parfois plus facile de convaincre, au moins à court terme, son interlocuteur en utilisent uniquement des figuresn de style ou des raisonements tronqués. Il est plus facile également, pour ceux qiu en ont l’habilité, de manipuler psichologiquement la relation dans le but de convaincre. Mais argumenter, c’est aussi être quelqu’un qui se refuse à utiliser tous les moyens au service d’une seule valeur: l’efficacité à tout prix.

Le bon usage de l’argumentation implique une rupture avec l’univers des tehniques de manipulation. La rhétorique a été pendant trop de temps contaminée par des procédés de toute sorte. Il faut maintenant, pour la clarté des debats, séparer nettement les genres.

De plus, malgré les nombreux et convaincants travaux réalisés jusqu’à ce jour en argumentation, il est nécéssaire de remettre constamment l’ouvrage sur le métier. L’objet de l’ argumentation évolue, plus vite sans doute que la théorie. L’évolution du language, des modes de communication, des valeurs aussi, Qui ont tant d’importance en argumentation, en font une matière vivante. La théorie doit donc être en renouvellement permanente. Le choix des exemples, qui est une grande question pour tous ceux qui écrivent dans ce domaine, est un bon symptôme de cette évolution rapide. Déjà l’auteur anonyme de la Rhétorique à Herrenius évoquait, en tête de son manuel, publiéau I-er sile avaant J.-C., la necessité de ne pas toujours emprunter ses exemples aux manuels anciens. Beaucoup d’autuers éprouve malgré tout une difficulté de ce point de vue, qu’on ne résout pas forcément en puisant ses exemples dans le «fond intemporel» de la culture classique. La théorie de l’argumentation se renouvelle aussi à travers les exemples qu’elle choisit de traiter.

La problématique de l’ argumentation est complexe, et même parfois confusément appréciée que ce soit sous l’ordre traditionnel de la rhétorique que sous celles de ses formes predicatives et des différentes opérations de discours qu’elle préssupose.

L’auteur de L’Argumentation dans la communication, Philippe Breton inscrit l’argumentation dans ce qu’il nomme une «éthique de la communication» plaçant ainsi le processus argumentatif dans un «triangle argumentatif» composé de la façon suivante: l’orateur, l’argument, l’auditoire, le contexte de réception. On voit alors comment ce posionnement du champs de l’analyse de l’argumentation oriente la réflexion de P. Breton dans l’exercice mème de l’argumentation qu’il s’agisse des médias, de la publicité ou de la communication politique.

On peut en effet, en argumentation distinguer entre les niveaux suivants:

l’opinon de l’orateur: elle appartient au domaine du vraisemblable, qu’il s’agisse d’une thèse, d’une cause, d’une idée, d’un point de vue. Cette opinion existe en tant que telle avant avant d’ètre mise en forme comme argument. Elle n’est pas forcement destinée à devenir un argument: on peut avoir une opinion et la garder pour soi, ne pas chercher à en convaincre les autres, ou simplement les informer qu’on adhère soi-même.

l’orateur, celui qui argumente, pour lui-même ou pour autrui (dans ce dernier cas, le contract de communication doit être explicite; c’est l’exemple type de l’avocat, qui argumente pour son client). L’orateur est celui qui, disposant d’une opinion, se place en posture de la tranporter jusqu’à un auditoire et de la lui soumettre, pour qu’il la partage, c’est-à-dire la fasse sienne;

l’argument défendu par l’orateur: il s’agit de l’opinion mise en forme pour convaincre; l’opinion se coule alors dans un raisonnement argumentatif. L’argument peut être présenté par écrit (dans un mot, une lettre, un livre, un message informatique), par la parole, directe ou indirecte (par exemple, la radio ou le téléphone), par l’image;

l’auditoire que l’orateur veut convaicre d’adhérer à l’opinion qu’il lui propose: il peut s’agir d’une personne, d’un public, d’un ensemble de publics, ou mème, dans ce cas limite, de l’orateur lui mème lorsqu’il cherche à s’autoconvaincre;

le contexte de réception: il s’agit de l’ensemble des opinions, des valeurs, des jugements que partage un auditoire donné, qui sont préalable à l’acte d’argumentation et qui partage un auditoire donnée et qui vont jouer un rôle dans la réception de l’argument, dans son acception, son refus ou l’adhésion variable qu’il va entrainer:

Opinion

 


Contexte de réception
 









On voit dans ce schéma de Philippe Breton , l objectif recherché est qu’une opinion s’intègre dans le contexte de réception, l’orateur, l’argument et l’auditoire n’étant, dans cette perspective, qu’un ensemble d’intermédiaires de ce transport. Il n’y a certes pas d’opinion sans orateur, sans être humain qui la porte. Mais on retiendra qu’en argumentation, ce qui compte au premier chef n’est pas que les sujets se mettent en avant, mais que leurs idées soient partagées par d’autres idées, si la formule ne risquait pas de laisser prise à une mauvaise interprétation, trop postmoderne.

Si on veut soutenir, par exemple, la nécessité de la taxinomie, et qu on a des moments différents, deux publics, l’un d’enseignants, l’autre de policiers, il est bien évident qu’à cette même opinion (la nécessité d’une politique de prévention) on peut faire correspondre deux argumentations distinctes, non pas parce que ce qui est dit serait différent de ce qu’on pense, mais parce qu’il est nécessaire de tenir compte du fait que l’on parle à un auditoire donné. En l’occurrence, on pourra, dans l’acte de prévention, insister, pour les uns, sur la dimension pédagogique qui le sous-tend et, pour les autres, sur la baisse attendue des crimes et délits que l’on peut en attendre. Argumenter est aussi choisir dans une opinion les aspects essentiels qui la rendront acceptable pour un public donné. La transformation d’une opinion en argument en fonction d’un auditoire particulier est précisément l’objet de l’argumentation :







Une politique de prévention de la toxicomanie est nécessaire

 

Contexte de réception

 

Une politique de prévention de la toxicomanie est nécessaire

 

Contexte de réception

 








































Les distinctions proposées par Ph. Breton dans le cadre de ce schéma, et qui lui donnent tout son volume, ne sont pas évidentes d’emblée, surtout si, par exemple, on croit que l’argumentation oppose face à face des subjectivités et réduit donc au schéma simple d’une confrontation duale, avec tout au plus, un message au milieu, mais dont la dimension psychologique ou relationnelle serait première.

Parler de l’argumentation, en termes de communication implique de prendre en compte les modalités de réception de l’argument. Aucune opinion proposée n’intervient en terrain vierge. Chacun, sauf dans le cas d’une extrême nouveauté ou d’un domaine de connaissance spécialisé (mais on sait que, dans ce cas, les énoncés sont en dehors du champ de l’argumentation), a déjà un point de vue proche de l’opinion qui lui est proposée. De toute façon, cette opinion va s’inscrire dans un ensemble de représentations, de valeurs, de croyances qui sont propres à l’auditoire considéré.

On pourrait tout aussi bien définir l’argumentation comme un acte vivant à modifier le contexte de réception, en d’autres termes les opinions de l’auditoire. Cette formulation, pour être plus précise, doit rendre compte du fait qu’accepter l’opinion proposée par autrui n’est pas sans conséquence sur ce que l’on pensait précédemment, avant de connaitre cette opinion. L’auditoire, dans l’après-coup de l’acte argumentatif, ne dispose pas simplement d’une opinion «en plus» de ce qu’il pensait déjà, il a dû changer son point sinon sur le monde, au moins sur les parties du monde qui, de proche en proche, sont concernées par l’argumentation.



Ainsi, dans, l’exemple précédent, les enseignants convaincus l’ont

modifié leur point de vue sur l’acte pédagogique, dont l’objet n’est plus simplement les connaissances classiques qui nourrissent les matières, comme l’histoire, la géographie ou les lettres, mais également toute connaissance permettant d’appréhender les réalités de la drogue et de la toxicomanie. À moins qu’ils n’aient toujors eté convaincus, sans le savoir, que cela en faisant partie. L’argumentation, dans ce cas, a servi à faire ce rappel, à raviver une mémoire. Argumenter, c’est d’abord agir sur l’opinion d’un auditoire, de telle façon que s’y dessine un creux, une place pour l’opinion que l’orateur lui propose. Au sens fort, argumenter, c’est construire une intersection entre les univers mentaux dans lesquels chaque individu vit.


II.2. L’argumentation comme opération discursive



Convaincre et persuader sont les deux visées de l’argumentation. Les différents modes du raisonnement ne sont pas seuls en jeu dans le discours argumentatif. Perelman et Olbrechts-Tyteca observent qu’on établit parfois entre persuader et convaincre l’opposition théorique suivante : «Pour qui se préoccupe du résultat, persuader est plus que convaincre, la conviction n’étant que le premier stade qui mène à l’action. Pour Rousseau, ce n’est rien de convaincre un enfant si l’on ne saint de persuader.

Par contre, pour qui est préoccupé du caractère rationnel de l’adhésion, convaincre est plus que persuader. Tantôt, d’ailleurs, ce caractère rationnel de la conviction tiendra aux moyens utilisés, tantôt aux facultés auxquelles on s’adresse. Pour Pascal, c’est l’automate qu’on persuade, et il entend par là, le corps, l’imagination, le sentiment, bref tout ce qui n’est point la raison. Très souvent la persuasion sera considérée comme une transposition injustifiée de la démonstration : selon Dumas (psychologue), dans la persuasion on se paie de raisons affectives et personnelles, la persuasion étant souvent sophistique. Mais il ne précise pas en quoi cette preuve affective différerait techniquement d’une preuve objective . Cette opposition sera fondée sur une distinction entre les auditoires visés par le locuteur rhétorique : nous nous proposons d’appeler persuasive une argumentation qui ne prétend valoir que pour un auditoire particulier et d’appeler convaincante celle qui est censée obtenir l’adhésion de tout être de raison» , en d’autres termes, celle qui vise un auditoire universel.

Ce passage expose une distinction conceptuelle plus ou moins greffée sur une opposition sémantique entre persuader et convaincre. On considère en effet les énoncés :

A.    Nous le convaincrons que cet homme est un escroc.

B.    Nous le persuaderons que cet homme est un escroc.

qui peuvent être employés en parlant d’une future action devant un juge. Si l’homme en question est réellement un escroc, si l’énoncé cet homme est un escroc est vrai, les accusateurs emploieront

A. Si l’énoncé est faux, s’il s’agit d’accuser à tort un innocent, alors l’accusateur trompeur parlant à ses complices lui préféra

B. Dans ce contexte, on est bien convaincu du vrai mais seulement persuadé du faux.

On essaye cependant de déterminer plus précisément quelques traits de l’usage courant de ces deux verbes. Les bases convaincre et persuader produisent les dérivés substantifs et adjectifs :



conviction

(il) convainc convaincant, adjectif (participe présent actif)

convaincu, adjectif (participe passé passif)

persuasion

(il) persuade persuasif

persuadant, adjectif (participe présent actif)

persuadé, adjectif (participe passé passif)


Il existe au moins un contexte dans lequel convaincre est possible alors que persuader est agrammatical :

(1) Les enquêteurs l’ont convaincu de mensonge.

(2) La Bordurée a rompu ses relations diplomatiques avec la Moldavie convaincue de terrorisme.

On appelle convaincre-1 le verbe convaincre auquel persuader peut être substitué, et convaincre-2 le verbe convaincre auquel persuader ne peut pas être substitué. C’est sur ce convaincre–2 qu’est produit le substantif conviction que l’on trouve dans :

(3) La police a mis sous scellés les pièces à conviction.

Et auquel persuasion ne peut être substituée.

Certains contextes sélectionnent plutôt l’un ou l’autre verbe, sans que l’usage corrobore forcément les attentes théoriques ; on donne quelques exemples intéressants :

(4) On pourrait parfaitement le saigner à la maison, mais il reste ( ?convaincu+persuadé) de la nécessité d’une hospitalisation.

(5) Les meilleurs arguments du monde ne parviendraient pas au (convaincre+ ?persuader).

(6) Le ton de sincérité de ses paroles m’a (convaincu+ ?persuadé)

(7) Je suis (persuadé +convaincu) de l’intérêt du projet, mais…

(8) La police est (convaincue+persuadée) de tenir le coupable, mais elle n’a pas de preuves.                             

Le suffixe –tion nominalise différemment les bases verbales convaincre et persuader ; nominalisation du résultat, du produit de l’action pour convaincre :

(il) convainc conviction:

nominalisation du procès pour persuader:

(il) persuade persuasion.

D’où une série d’oppositions:

l’art de convaincre *l’art de la conviction

l’art de persuader l’art de la persuasion


La différence apparait si l’on rapproche ces substantifs des énoncés passifs. Si A convainc B de P, alors B est convaincu de P, et on peut parler de la conviction de B, sujet passif. Si A persuade B que P, alors B est persuadé que P; cependant, on ne peut plus parler de *la persuasion de B, mais seulement de la (force de) persuasion dont fait preuve A, sujet actif.

Seul conviction est possible dans les cas suivants :

(9) Rien ne vous force à agir contre vos convictions (*persuasions).

(10) Il a su me faire partager ses convictions (*persuasions).

(11) Avoir des convictions (*persuasions) religieuses, inébranlables.

À l’opposé, on a :

(12) Mieux vaut agir par la persuasion (*conviction) que par la force.

Malgré les apparences, la conviction n’est pas simplement «plus que» ou «moins que» la persuasion, mais autre chose :

(13) Dans son discours, il a fait preuve d’une grande force de (conviction+persuasion)

(14) Dans son discours, il a fait preuve de beaucoup de (conviction vs persuasion)

On observe que ce n’est pas la même force qui agit.

Convaincre et persuader ont ainsi des emplois idiosyncrasiques qui font que l’on trouve facilement convaincre pour des situations qui demanderaient persuader d’après la distinction théorique rappelée et redéfinie par Ch. Perelman. On observe que la situation se complexifie encore lorsqu’on considère les dérivés nominaux et adjectivaux.


III.3. Le discours rhétorique est-il énoncé pour persuader ?


La structure codifiée du discours rhétorique classique distingue cinq moments, qui se rattachent de façon complexe aux ressorts rationnels ou passionnels. L’effet du discours est rapporté à trois pôles : plaire, particulièrement lors de l’exorde ; émouvoir, lors de la péroraison ; et enseigner par la narration et l’argumentation. L’appel aux passions encadre les moments rationnels. Le persuader est l’oeuvre du discours dans son ensemble. Le docere est le chemin intellectuel de la persuasion, que l’on peut également approcher par le biais de l’affect. Il faut donc souligner que, dans le discours ainsi construit, les raisons ne s’opposent pas aux passions, mais que les unes et les autres sont coordonnées stratégiquement dans une perspective unique.

La théorie classique des actions argumentatives distinguait plusieurs types d’effets attachés à chacun des grands genres oratoires, schématiquement. :

• le genre épidictique : l’orateur en son discours loue ou blame un individu Il accomplit donc un acte rhétorique visant à situer ce dernier au rang qui lui convient sur une échelle de valeurs. L’effet perlocutoire produit peut se décrire en terme d’appréciation ou dépréciation ;

• le genre déliberatif: l’orateur cherche à inciter ou dissuader l’auditoire d’agir de telle façon. Son acte rhétorique a pour effet l’engagement de cet auditoire dans une action ou l’abstention de toute action ;

• le genre judiciaire: l’orateur défend ou accuse. Le succès de son acte rhétorique se manifeste par l’acquittement ou la condamnation de l’accusé.

Il est remarquable de constater que l’opposition de la persuasion à la conviction n’apparait nullement dans ces distinctions; la fonction de la rhétorique n’est pas de travailler directement le savoir ou les croyances. On pourrait tenter de les faire apparaitre en opérant une réduction généralisée des six actes rhétoriques mentionnés à un acte d’assertion élémentaire du type x persuade. Cela donnerait à peu près :

• genre épidictique :

louer x (auprès de A)= persuader A que x est bon

blamer x (auprès de A)= persuader A que x est mauvais

• genre délibératif :

inciter A à faire x = persuader A de faire x

dissuader A de faire x = persuader A de ne pas faire x

• genre judiciaire :

accuser x auprès de A = persuader A que x est coupable

défendre x auprès de A = persuader A que x n’est pas coupable

Cette manipulation linguistique suppose qu’il existe un état de persuasion médiateur entre l’incitation discursive à l’action et l’action. C’est une hypothèse sur la validité de laquelle il ne nous appartient pas de nous prononcer.


III.4. Argumentation et théatralité


Les discours politiques, publicitaires etc. supposent très généralement l’existence d’une norme pragmatique les oriente. Les argumentations induisent réfutent ou stabilisent des croyances et des comportements des publics ; il existe donc un critère permettant de hiérarchiser les modes d’argumenter, ce sont les critères de l’efficacité pratique, selon que les argumentations induisent, réfutent ou stabilisent plus ou moins possible de tester l’efficacité de diverses méthodes, ces techniques argumentatives sont ouvertes à l’investigation expérimentale. L’ordre est donc marque d’une présence fondamentale à toute argumentation: celle d’un auditoire d’une communauté de lecteurs. Trois types d’ordre ont été identifiés par Chaïm Perelman  : l’ordre de force croissante, l’ordre de force décroissante est le plus récommandé qui a reçu l’appellation d’ordre

nestorien. L’inconvénient signalé de l’ordre croissant est que les arguments médiocres placés au début peuvent indisposer d’emblée l’auditeur, et réciproquement, placé à la fin, ils peuvent laisser ce mème l’auditeur sur une dernière impression défavorable. L’ordre décroissante terminant le discours par les arguments les plus faibles, laisse l’auditeur sur une mauvaise impression, souvent la seule dont il se souvient. D’où l’intérêt de l’ordre nestorien : encadrer le discours, au début et à fin, par les arguments les plus solides.

Le concept fondamental de l’ouvrage de Georges Vignaux est celui de théatralité. Comme l’écrit Jean Blaise Grize dans la Préface de l’ouvrage de G. Vignaux, l’argumentation se rapproche bien davantage du théatre que de la géométrie. Elle crée un monde plus proche de celui de Calderon que de celui d’Euclide . Tenir un discours devant quelqu’un, le faire pour intervenir sur son ses attitudes, bref pour le persuader ou, tout au moins pour le convaincre, c’est en effet lui proposer une représentation. Celle-ci doit, comme au théàtre, le toucher, l’émouvoir. Pour Georges Vignaux « l’argumentation est théatralité.» Le dit est ainsi représentation, ayant une structure théatrale, dont les éléments sont : les acteurs (sujets ou objets, les uns et les autres pouvant être agissants ou agis), les procès (relations entre acteurs, relations acteurs-situations, comportements, mode d’existence ou d’action), les situations (définies par leurs origines, leurs effets et l’impact de leurs modes d’existence, notamment à partir des relations entre acteurs et procès qui les précisent et dont elles permettent la détermination) et les marques d’opérations (déterminations, emphases, insistances, redites, associations acteurs+procès, thématisations, qualifications, modalités diverses etc.). G. Vignaux a raison d concevoir le discours comme «toujours plus que discours»4. Le discours argumentatif est par excellence théatralité. Celui-ci doit ainsi toujours être considéré comme «mise en scène» pour autrui. Le texte sera ainsi formé de boucles qui se rapportent à l’auditeur, aux circonstances extérieures (lieu, temps, emphase) de sa production langagière. Des jeux discursifs, des stratégies de persuasion marquent profondément la structure du discours. La théatralité discursive se caractérise par l’idée d’ordre : ordre de composition du discours, ordre des questions à traiter, l’ordre des arguments à développer. De près ou de loin ces phénomènes rapportent à ce que l’ancienne rhétorique rangeait sous les notions d’exposition, de disposition ou de méthode. L’opération primordiale d’ordre traduit la liberté du sujet dans la composition de son dire et donc la construction des représentations qu’il souhaite imposer à l’auditoire Elle est surtout le lieu d’expression et de réalisation de cette théatralité par laquelle l’agencement discursif va jouer sur les containtres de séquentialité propres à la langue. On peut remarquer que, dans une argumentation, l’ordre n’est jamais indifférent puisqu’il intervient, est composé par l’orateur en fonction des modifications de l’auditoire visé. On voit que toute argumentation est construite dans un espace discursif déjà déterminé au moins sur un certaain nombre d’événements et de propriétés. Donc, tout sujet discursif s’inscrit dans une situation dont il n’est pas entièrement maitre. Sa liberté est cependent considérable: pouvoir choisir ses questions et l’ordre dans lequel les instituer, pouvoir venir encore, sous prétexte d’éclairer, à la place qu’occupe l’interlocuteur dans le débat et de cette place pour suggérer la réponse. L’ordre permet donc les dréplacements du sujet en mêeme temps que la clôture des champs oû il est plus à mème de convaincre. On peut dire que l’ordre d’une argumentation traduit en premier lieu la sélection de ce que l’orateur-sujet souhaite être pris en considération par l’interlocuteur-auditoire. L’opération d’ordre et le lieu de statégies précises dont l’existence est fondée sur la relation sujet-auditoire. Ainsi les nécessités de l’enchaanement discursif imposent que certains arguments précédent d’autres arguments. Le discours lui-même peut être tout entier un argument constitue par cet ordre. Les categories argumentatives de la direction, de la gradation et de l’amplification manifestent ainsi la pertinence de l’ordre comme strategie du sujet. À cet égard, l’argument de la direction, en particulier, répond au souci de ne pas livrer immédiatement l’étendue du raisonnement. On morcèle l’intervalle qui sépare les prémisses de la conclusion du discours en chainons intermédiaires et en conclusion partielles, localisees, conclusion dont est sùr qu’elles ne provoqueront pas d’opposition définitive. C’est, dans les traités classiques, le cas de liexorde insinuant, connsiste à présenter, à la place de ce qui peut heurter l’auditoire, une autre propaosition susceptible d’intéresser, d’être accepter et dont on montera ensuite la relation avec qu’il s’agit de faire passer.

On a observé dans les définitions antérieures que l’argumentation implique un émetteur – on l’appelle d’un terme général: l’orateur -, un message, constitué par l’opinion mies en forme en vue de convaincre, et un récepteur, l’autre, le public – appelé le plus souvent: l’auditoire. Dans toutes les categories de la réthorique, on trouve en amont la reflexion sur l’auditoire et la nécessité de le connaitre, poussee chez les sophistes à une recherche empirique. L’argument devient ainsi le produit de la connaissance que l’on a de l’auditoire, à quoi se mêle l’opinion que l’on veut soutenir: il s’agit d’anticiper la réaction de l’auditpoire pour trouver le bon l’argument. Pour Aristote, l’auditoire est toujours un juge qui possède une certaine autonomie dans son interpétation et dans l’acceptation de ce qui est propose. Par rapport à l’orateur, l’auditoire a un statut presque parfaitement symétrique. Loin de considérer l’orateur comme tout-puissant, la rethorique d’Aristote effectue un rééquilibrage entre les deux parties en lice lors de l’acte de discours. Pour fonder philosophiquement l’argumentation selon une theorie des valeurs, ene raison pratique en quelque sorte, Perelman pose la nécessité d’un «auditoire universel. Le discours est cense s’adresser aux non-spécialistes, et même aux gens sans instruction, par opposition au discours scientifique. L’auditoire universel serait alors l’auditoire moyen. Mais il peut aussi être question d’auditoire ideal et, dans ce cas, l’argumentation deviendrait en principe aussi rigoureuse qu’une démonstration scientifique, puisque tout le monde serait disposé à ètre convaicu de la mème manière, c’est-à-dire objectivement. En fait, liauditoire ideal existe certainement si on s’en tient à des argumentats rationnels, excluant l’éthos et le pathos. Dans les autres cas, nettement plus nombreux, liorateur est forcé de tenir compte des caractères subjectifs de son auditoire, afin de le convaincre.

On sait qu’il n’y a pas d’argumentation possible sans un accord de l’auditoire. Il faut d’abord qu’il accepte de se placer en posture de débattre et d’être convaicu, ce qui va jamais de soi. Il faut parfois convaincre l’autre qu’il ne va jamais de soi. Il faut parfois convaincre l’autre qu’il est légitime de vouloir le convaince. Lorsque l’on est dans un contexte où l’usage des techniques de manipulation est dans un contexte où à l’usage de techniques de manipulation est fréquent (en politique, ou dans la vente d’un produit par exemple), il n’est pas rare que les auditoires se protège, instinctivement ou volontairement, de toute entreprise de conviction, y compris lorsqu’elles sont légitiment argumentatives. À cet accord général de l’auditoire, on peut ajouter une autre sorte d’accord, appelé «accord préalable», qui relève de la technique argumentative proprement dite. L’observation montre qu’argumenter ne consiste pas seulement à mettre en forme, à couler son opinion dans le moule d’un argument, mais c’est une condition nécessaire, à appuyer cet argument sur un élément déjà accepté par l’auditoire. Argumenter revient à faire jusqu’à opinion proposée, qui est alors, si la chaine est bien construite et l’accord préalable bien choisi, gagnée par cet accord. On tente toujours de convaincre un auditoire donné, qu’il s’agisse d’une pesonne ou d’un ensemble de personnes. L’accord préalable ne concerne donc q’une personne ou un ensemble de personne.      

























IV.       Techniques argumentatives et mots du discours


IV.1. Techniques argumentatives


Dans l’étude de l’argumentation, Pierre Oléron decèle commme techniques argumentatives: la déduction, l’induction, l’élimination, l’analogie.


IV.1.a. La déduction


La déduction est le critère formel de dèrivation d’un argument valide si et seulement il existe une instance de substitution de la forme argumentative valide formelle dont le résultat n’est jamais ce cas-là: étant données des prémisses vraies, on tire une fausse conclusion:


Argument:

Prémisse 1: Si Jacques vient, alors Marie vient aussi.

Prémisse 2: Jacques vient.

Conclusion: Marie vient.


L’argument se présente sous la forme:

Prémisse 1: p→q

Prémisse 2: p

Conclusion: q


Selon Toulmin et Perelman, des théoriciens de l’argumentation, le rôle de la déduction est en quelque sorte modeste, même si les logiciens considèrent que la déduction occupe une position essentielle dans la théorie de l’argumentation. Parmi ceux qui s’attaquent au modèl traditionnel ce sonmt les logiciens informels. Ils critiquent le fait que la déduction soit une norme trop stricte et inadéquate à l’évaluation des arguments dans le langage spontané. Les défenseurs de la déduction sont Govier et Groarke. Pour ceux-ci, toute prémisse implicite peut devenir explicite en transformant par déduction le seul argument dans un argument valide.


IV.1 b. L’induction


L’induction est mentionnée par Aristote dans Les Topiques. Il dit même que c’«est un procédé plus persuasif, plus éclairant, intuitivement plus accessible, et à la portée de la moyenne des gens» .

Pour Aristote, l’induction consiste à partir des cas individuels pour accéder à l’universel: «L’induction consiste à conclure, en s’appuyant sur l’un des extrêmes que l’autre est attribué au moyen. Par exemple, B étant moyen terme entre A et C, on prouvera par C que A appartient à B» : c’est ainsi en effet que nous faisons nos inductions. Admtettons que A signifie le fait de’employer le parfum «Little Black Dress», B le fait d’être elégantes et C toutes les femmes, soit ma mère, ma soeur. A appartient alors à la totalité de C. Si donc C se convertit avec B, et que le moyen terme n’a pas plus d’extension que C, nécessairement A appartient à B. Mais il est indispensable de concevoir C comme composé de toutes les femmes, car l’induction procède par l’énumération d’elles toutes. :


A: Ma mère et ma soeur employent le parfum «Little Black Dress».

B: Ma mère et ma soeur sont des femmes élégantes.

C: Toutes les femmes élégantes employent le parfum «Little Black Dress».


Le recours à l’exemple est une démarche inductive , dans laquelle seule retenue la référence aux faits, quelquefois à un seul fait. L’exemple doit être plus fort que la généralisation qui cherche à induire dans la concience du récepteur. Tout exemple attire l’attention sur une certaine situation. La situation n’est pas déterminée par le seul fait, mais elle est mise en évidence par celui-là. Dans la construction discursive, l’exemple peut émouvoir le récepteur, donner l’impression d’autenticité, descend la réalité au milieu des gens.


IV.1.c. Le raisonnement par élimination


Rieke et Sillars mentionnent sous le nom de «résidus» la démarche qui consiste à examiner diverses interprétations ou solutions possibles et, aprés avoir décidé que toutes sauf une sont inacceptables, à conclure en faveur de cette dernière. C’une extension du raisonnement disjonctif dans laquelle l’alternative est étendue à un plus ou moins grand nombre d’éléments. Rieke et Sillars rappellent que le diagnostique médical ou les «déductions» du policier prennent souvent cette forme. On peut dire que la valeur de cette démarche, du point de vue de l’argumentation, tient à ce qu’elle donne l’impression d’avoir examiner toutes les possibilités et de n’avoir retenu que celles qui s’imposait. Impression qui peut être illusoire dans la mesure où toutes les possibilités n’ont pas été examinées et où, à la limite, une liste exhaustive ne peut être dressée (ce qui est l’objection classique contre le «vérification» des hypothèses dans les sciences inductives).


IV.1.d. L’analogie


Pour fonder des arguments sur l’analogie on suit la démarche suivante: on doit étudier une certaine réalité, moins accessible à la compréhension directe. On construit un de ses modèles en suivant certaines correspondances structurales. On examine le modèle et on découvre certaines corrélations. Celles-ci sont extrapolées pour la réalité à étudier. Cette extrapolation doit envisager les restrictions des correspondances structurale établies entre le modèle et le réalité. Il y a une relation de correspondance , du point de vue du caractère, du comportement, de la sensibilité, des aspirations, des intérêts: on dit souvent - La fille ressemble à sa mère: elle a choisi la même profession.


IV.2. Stratégies argumentatives


La stratégie argumentative est un ensemble de normes qui régissent le comportement humain et fait la connexion entre le pôle de l’émetteur el celui du récepteur. Selon Daniela Roventa-Frumusani (Argumentarea. Modele si strategii), Mariana Tutescu (L’Argumentation. Introduction à l’étude du discours), Pierre Oléron (L’Argumentation), Jacques Moeschler (Argumentation et conversation) les pricipales stratégies argumentatives sont: la coopération, la négation polémique, le réfutation, l’interrogation, la métaphore.


IV.2.a. La coopération


Les échanges humains sont le résultat d’une coopération. La coopération nait et s’explique par l’argumentation parqu’il existe la volonté du locuteur d’agir sur autrui, d’influencer le niveau de connaissances ou le comportement au but de tirer une conclusion.

Herbert-Paul Grice formule le principe de la coopération dans l’intéraction des interlocuteurs basé sur le décodage des implicatures conversationnels. Dans un échange de type question-réponse:

- Est-ce que nous allons au film ce soir?

J’ai beaucoup à travailler.

on détecte dans la réponse une implicature conversationnel, un refus indirect. Jacques Moeschler considère que l’assertation peut être donnée par les relations de coopération:

X est intelligent. est un argument pour les conclusions:

C1: Je crois que tu l’aimeras.

C2: Il sera un bon mari.

P. Charaudeau parlede la mise en argumentation, de la mise en train des procédés pour servir à la communication en fonction de la situation et de la manière où le locuteur perçoit son interlocuteur. P. Charaudeau trouve des procédés sémantiques, discursifs et de composition. Les procédés sémantiques sont:


des procédés de la vérité (vrai vs. faux): Il est vrai parce qu’il est autentique.

des procédés de l’esthétique (beau vs.laid): Il a de valeur parce qu’il est beau.

des procédés de l’éthique (bon vs. méchant): Je le fait parcequ’il est bon.

des procédés de l’hédonique (agréable vs. désagréable): Quand il fait chaud je bois un jus parce qu’il est rafraichissant.

des procédés du pragmatique (utile vs. inutile): Il faut aller pus vite pour surprendre l’ennemi.

Les procédés discursifs recourent à la citation pour obtenir des effets persuasifs: Il m’est arrêté et il m’a dit: «Tu est une bonne fille.». En employant les procédés de composition le locuteur organise son argumentation, c’est-à-dire il recourt aux morphèmes de début ou de liaison chonologique: premièrement, ensuite.

Constantin Salavastru fait la distinction entre convaincre et persuader. La conviction est assurée par les idées ordonnées logiquement et bien soutenues. L’interlocuteur adhère à une idée et l’intègre dans le corpus des ideées avancées et argumentées. La persuasion détermine l’interlocuteur à adhérer à une idée par d’autres moyens que rationnels, sans le convaincre. La réussite de la persuasion est donnée par: la qualité des arguments, la modalité de la présentation, le prestige, le langage du locuteur, le contexte de la communication. Le but de la persuasion c’est de détecter les points de vue.


IV.2.b. La négation polémique



La négation polémique est une stratégie basée sur un acte de négation qui rejète le contenu d’un énoncé antérieur. Les deux instances énonciatives sont: l’énonciateur d’un énoncé négatif qui rejète l’affirmation antériure et le locuteur d’un énoncé qui corrige l’ énoncé:

Paul n’est pas riche. est une négation descriptive.

Paul n’est pas riche, il est richard. est une négation polémique.

Toute négation descriptive peut devenir polémique lorsqu’on ajoute un connecteur argumentatif.


IV.2.c. La réfutation


Au niveau du lexique,de l’argumentation la réfutation se réalise par des actes engageants de type: contester, contredire, soutenir, obiecter. La réfutation c’est le domaine du conflit, du désaccord, de l’ambiguité et de l’incertitude. L’acte de la réfutation s’appuie sur quatre conditions:

la condition de contenu prépositionnel: la proposition de l’acte de la réfutation est en opposition à la proposition de l’acte préalable.

la condition de l’argumentativité: l’énonciateur de la réfutation a la chance de motiver son acte.

la condition de la sincérité réflexe: l’interlocuteur considère que le le locuteur soi-même est convaincu de la fausseté de la proposition qui a constitué l’objet de la réfutation.

la condition de l’interactivité: l’interlocuteur a l’occasion d’évaluer la réfutation.


IV.2.d. L’interrogation


L’interrogation est à adressée à un auditeur nombreux ou à une seule personne. Elle n’est pas utilisée pour soliciter une réponse, mais pour transmettre indirectement une opinion qui doit être soulignée. L’interrogation implique la réponse dans l’énonciation même de la question comme une vérité incontestable. Il fait beau aujourd’hui, mais demain fera-t-il aussi? La question suppose d’incertitude, d’indignation, de peur ou de douleur. L’orientation argumentative sera: Demain il ne fera pas beau.


IV.2.e. La métaphore


La métaphore est une stratégie discursive qui repose sur un acte de langage indirect, sur une anolagie entre le terme propre et le sens métaphorique. L’énonciation métaphorique suppose la substitution de l’acte littéral par l’acte figuratif et son but est de persuader. La métaphore argumentative diffère de La métaphore dénotative par la force argumentative qu’elle possède et par les subjectivèmes, les signes mobilisés a l’acte de sélection sémique.


IV.3. Opérateurs et connecteurs argumentatifs


En sémantique linguistique, on distingue, parmi les connecteurs relationnels, ceux qui relient deux entités sémantiques à l’intérieur d’un mème acte de language de ceux qui articulent deux actes de langage. Soit, à cet égard, la conjonction de subordination parce que, employée dans l’exemple suivant:

I.Georges ne fume plus parce qu’il est malade.

L’énoncé est, de par son sens, ambigu, l’ambiguité étant déclanchée par la conjonction parce que. Dans une première lecture (I) – causale ou explicative – l’énonciation nie l’existence d’une relation de causalité entre être malade et fumer. Dans une seconde lecture (II), l’énonciation nie l’asertion Georges fume, en justifiant sa position par l’assertion Il est malade.

Ces deux interprétations peuvent être explicitées par des structures sémantiques suivantes:

(1) (I) n o n (c a u s e [,

Il n’est pas vrai que le fait que Georges soit malade est la cause du fait qu’il fume.

(II) n i e r [ é n o n c i a t e u r, f u m e r (Georges) & j u s t i f i c a t i o n

L’énonciateur nie que Georges soit malade fume et justifie sa dénégation en assertant que Georges est malade.

On observe que dans la première interprétation (I), parce que est opérateur sémantique, alors qu’il est connecteur pragmatique dans la seconde (II).

Jacques Moeschler a raison quand il affirme qu’un opérateur sémantique est un relateur propositionnel, alors qu’un connecteur pragmatique est un relateur d’actes illocutoires. Ce qu’il est important de souligner, c’est que l’opérateur porte toujours sur des constituants à intérieur d’un acte. Ceci peut être vérifieé à l’aide des testes courrament utilisés pour distinguer érateur et connecteur. Lorsque la séquence p R q est soumise aux testes de transformation négatives, d’interrogation et d’enchassemment, c’est l’ensemble p R q qui est nié, interrogé ou enchassé si R est connecteur, le bloc p R q éclate obligatoirement et c’est par conséquent uniquement le premier constituant p qui se voit nié, interrogé ou enchassé. Soit les deux énoncés complexes (2) et (3):

(2) Pierre est malade parce qu’il a beaucoup travaillé.

(3) Pierre est malade puisqu’il a beacoup travaillé.

On applique les trois transformations (négation, interrogation et enchassement ) à l’énoncé en parce que:

(4) Pierre n’est pas malade parce qu’il a beaucoup travaillé.

(5) Est-ce que Pierre est malade parce qu’il a beaucoup travaillé?

(6) Je suis sûr que Pierre est malade parce qu’il a beacoup travaillé.

Dans ces trois énoncés transformés, l’interprétation la plus immédiate nie, interroge et enchasse la proposition complexe p parce que q:

(4’) Il n’est pas vrai que (Pierre est malade parce qu’il a beaucoup travaillé).

(5’) Je me demande si (Pierre est malade parce qu’il a beaucoup travaillé).

(6’) Je suis sûr que (Pierre est malade parce qu’il a beaucoup travaillé).

Par contre, les transformations de (3) ne donnent lieu qu’à une interprétation où le bloc p puisque q se trouve séparé, la transformation ne portant que sur un des actes de langages:

(7) Pierre n’est malade puisqu’il a beaucoup travaillé.

(7’) (il n’est pas vrai que Pierre n’est malade) puisqu’il a travaillé.

(7’’)* Il n’est pas vrai que (Pierre n’est malade puisqu’il a travaillé).

(8) Est-ce que Pierre n’est malade puisqu’il a beaucoup travaillé?

(8’) (Je me demande si Pierre est malade) (puisqu’il a beaucoup travaillé).

(8’’)* Je me demande si (Pierre est malade puisqu’il a beaucoup travaillé).

(9) Je suis sûr que Pierre est malade, puisqu’il a beaucoup travaillé.

(9’) (Je suis sûr que Pierre est malade), (puisqu’il a beaucoup travaillé).

(9’’) Je suis sûr que (Pierre est malade, puisqu’il a beaucoup travaillé)

La distinction entre opérateur et connecteur, légitime pour distinguer les faits sémantiques des faits pragmatiques, peut être utilisée à l’intérieur des faits argumentatifs. Moeschler distingue parmi les marqueurs argumentatifs, c’est-à-dire l’ensemble des morphèmes donnant lieu à un acte d’argumentation, les opérateurs argumentatifs des connecteurs argumentatifs. L’opérateur argumentatif est «un morphème qui, appliqué à un contenu, transforme les potentialités argumentatives de ce contenu» . Soit les exemples:

(10) Il est d é j à sept heures.

(11) Il n’est q u e sept heures.

(12) Il gagne p r e s q u e sept milles francs.

(13) Il gagne à p e i n e sept milles francs.

(14) Julie mange p e u de sucre.

(15) Julie mange u n p e u de sucre.

(16) Elle lit m ê m e le chinois.

Le morphème X est un opérateur argumentatif si les conclusions argumentatives vers lesquelles conduit l’énoncé E’ (dans lequel il est insérer) ne sont pas les mêmes que les conclusions dégagées à partir de l’énoncé E, et cela indépendemment des informations apportées par X. Un opérateur argumentatif confère à l’énoncé E’, dans lequel il est inséré, une pertinence argumentative.

Il suffit, à ce sujet, de comparer chacun des énoncés (E’) à l’énoncé correspondant (E), sans opérateur argumentatif.

(1) (a) Il est s e p t h e u r es. - communique une information relative au temps, tandis que (1) induit le préssuposé de surprise Je ne m’attendais pas qu’il fùt cette heures; On est en retard, il faut se dépêcher.

La valeur argumentative de l’énoncé (11) apparrait clairement si on fait recours à l’enchainement. On peut avoir donc:

(17) Il est sept heures. Presse-toi!, mais non pas.

(2)(a)* Il n’ e s t q u e sept heures. Presse-toi!

Pour devenir gramaticale, la séquence (2)(a) demanderait un contexte particulier, et donc un trajet interprétatif différent.

Un opérateur argumentatif limite donc les possibilités d’utilisation à des fins argumentatives des énoncés qu’il modifie. La portée d’un opérateur étant interne au contenu de l’énoncé, cette classe de morphèmes représentent un paradigme de nature sémantique.

L’enchainement argumentatif confirme bien le rôle des opérateurs.

Ainsi par exemple, (12) pourra être enchainé de sorte à donner:

(3)(a) Il gagne p r e s q u e sept milles francs; ça lui sufit!

Par contre (13) pourrait devenir par enchainement:

(4)(a) Il gagne à p e i n e sept milles francs; c’est un scandale!

Et on se rend compte que le même montant est vu différement selon l’incidence dans l’énoncé d’un opérateur argumentatif.

(16) Elle lit m ê m e le chinois. – conduit vers la conclusion Elle est érudite. alors que l’énoncé E correspondant:

(18) Elle lit le chinois. a pour orientation argumentative Elle est sinologue.

Le connecteur argumentatif est un morphème (de type conjonction, adverbe, locution adverbiale, groupe préposionnel, interjection etc.) qui articule deux énoncés intervenant dans une stratégie argumentative unique. Contrairement à l’opérateur argumentatif articule des actes de langage, c’est-à-dire des énoncés intervenant dans la réalisation d’actes d’argumentation.

Mariana Tutescu a démontré qu’un connecteur est un modalisateur dégradé, une forme affaiblie du modalisateur. En tant que tel il marque une plurivocité d’univers de croyance, c’est-à-dire un éclatement de l’un des univers de croyance. Les connecteurs argumentatifs sont des particules pragmatiques, c’est-à-dire des mots qui relient énoncés et contextes, des mots qui assurent la cohérence discursive-argumentative du texte, sa pertinence dans la communication langagière.

Des autres tels que et, mais, même, puisque, car, parce que, donc, d’ailleurs, au moins, alors, eh bien, seul, seulement, décidément, là, tiens, hélas!, tu sait, écouite, tu vois, après tout etc. Ne semblent pas affecter la valeur de vérité des énoncés où ils sont insérés. Ils contribuent à mettre en relation l’énoncé et le système de croyances que celui-ci exprime. Ces connecteurs ont essentiellement des propriétés pragmatiques, determinées par le contexte et leur emploi.

Ces morphèmes définissent les contraintes pragmatiques qui régissent les enchainements textuels. Ils contraignent le mode de pertinence des énoncés auxquels sont associés. Ces «mots du discours» - en termes d’ Oswald Ducrot – imposent aux énoncés qu’ils introduisent un comportement inférentiel, leurs significations fonctionnant comme autant d’instructions concernant les stratégies à suivre.

Par contexte, Diane Brockway (1982) comprend un ensemble de croyances communes au locuteur et à l’allocutoire. Il est hors de doute que l’interprétation de tout énoncé dépend de la manière dont les croyances du locuteur sont appréhendées par l’auditeur. L’interprétation de l’énoncé est ainsi fonction de sous-ensemble de croyances communes au lecteur et à l’auditeur, fonction d’un savoir commun partagé.

Le principe en vertu duquel locuteurs et auditeurs font intervenir leurs croyances communes tant dans la production que dans l’interprétation des énoncés est le principe de la pertinence. À ce sujet, «un énoncé U est pertinent par rapport à un ensemble de croyances si et seulement s’il a au moins une proposition Q pragmatiquement impliquée par U relativement à C.»

Définir la pertinence d’un énoncé se ramène à définir une classe de sous-ensembles de contextes, plus précisément, la classe des sous-ensembles de contextes qui contiennent les propositions utilisées lors du calcul des implications pragmatiques d’une énonciation.

Dans cette perspective Diane Brockway définit la pertinence comme une relation entre énoncé et contextes: «un énoncé est pertinent si et seulement si les propositons exprimées, complétées par un sous-ensemble du contexte peuvent servir de base à une argumentation débouchant sur une conclusion non triviale.»

Marqueurs évidents de la pertinence des énoncés, de leurs orientations argumentatives, les connecteurs argumentatifs ont le rôle d’effectuer des transformations sur des situations discursives, caractérisées par un ensemble de relations entre les énonciateurs et le champ discursif qu’ils créent. Dans leur rôle de mise en relation des énoncés avec leurs contextes, ces morphèmes imposent des contraintes sémantiques à l’interprétation pragmatique des énoncés. Grace à ces opèrateurs discursifs on peut remarquer que les propriétés pragmatiques des énonciations se trouvent être sémantiquement marquées.



L’enchainement syntactico-sémantique de connecteurs si – certes – mais, car – mais, et – mais –alors, or – en effet – donc etc. Illustre la manière dont ces articulateurs discursivo-textuels délimitent des unités argumentatives.

J. Moeschler a fait un typologie des connecteurs argumentatifs basée sur la distinction des prédicat à deuy places et à trois places. Les connecteurs donc, par conséquent, car, puisque, parce que, eh bien constituent des prédicats à deux places: « Un connecteur argumentatif est un prédicat à deux places (de type CA (p,r)), si les segments X et Y qu’il articule en surface peuvent remplir une fonction argumentative et s’il n’est pas besoin de faire intervenir un troisième constituant implicite (à fonction d’argument ou de conclusion).»

Par contre, un connecteur argumentatif est un prédicat à trois places ( de type CA (p, q, r)) s’il est nécessaire de faire intervenir, entre les deux variables argumentatives associés à X et Y, une troisième variable implicite à fonction d’argument ou de conclusion. C’est le cas de décidément, portant, quand même, finalement, mais, d’ailleurs, même.

Si l’on prend pour critère classificatoire la fonction argumentativede l’énoncé introduit par le connecteur, on distingue les connecturs introducteurs d’arguments (car, d’ailleurs,or, mais, même) et des connecteurs introducteurs de conclusion (donc, décidément,eh bien, quand même, finalement).

Lorsque le connecteurs est un prédicat à trois places, on doit distinguer les connecteurs dont les arguments sont orientés (décidément, d’ailleurs, même) de ceux dont les arguments sont anti-orientés (quand même,sinon, pourtant, finalement, mais). On peut voir très bien la classification des connecteurs argumentatifs, selon Moeschler, dans le tableau suivant :




valence                                                      Prédicats à trois places


Prédicats

à deux places

fonction arguments arguments

coorientés anti-orientés


introducteur                 car d’ailleurs mais

d’arguments                 puisque

parce que même




introducteur donc quand même

de conclusion alors pourtant

par conséquent décidément finalement

 

























On doit mentionner que les flèches indiquent un rapport d’opposition privilégié à l’intérieur d’une classe ou entre classe: d’ailleurs et même s’opposent sur le critère du caractère indépendent vs. Relationnel de l’argument, mais et quand même s’opposent sur la nature de la relation d’opposition (indirecte vs. directe),

décidément,et finalement sur le caractère co/anti-orienté des arguments.



IV.4. Connecteurs pragmatiques et connecteurs logiques


Christian Plantin fait dans ses Essais sur l’argumentation une distinction entre les connecteurs pragmatiques et les connecteurs logiques. Les connecteurs pragmatiques sont des mots de liaison et d’orientation qui articulent les informations et les argumentations d’un texte. Ils mettent nottament les informations contenues dans un texte au servica de l’intention argumentative globale. On sait que les connecteurs pragmatiques fonctionnent dans les langues naturelles, et les connecteurs logiques dans les langues formalisées. Les connecteurs logiques forme une expression bien formée; par exemple , à partir du connecteur logique ‘→’ et des énoncés ‘A’ et ‘B’, on formera l’énoncé complexe ‘A→B’. Les connecteurs logiques s’opposent aux connecteurs pragmatiques essdentiellement sur les points suivants:


La nature des éléments reliés


Les connecteurs logiques opèrent donc sur des propositions définies comme des suites bien formées de «mots» de la langue formelle. Les connecteurs pragmatiques relient non pas des mots de la langue naturelle mais des contenus sémantiques.

Les propositions reliées par les connecteurs logiques sont des êtres homogènes; les connecteurs pragmatiques peuvent relier des êtres de natures totalement différentes. Ainsi, le connecteur puisque peut rattacher un énoncé à une énonciation: dans les suites X puisque Y le segment puisque Y a pour fonction de légitimer l’ énonciation de X, en montrant pour exemple qu’elle doit intéresser le destinataire: ainsi dans un exemple: Puisque tu parles toujours de ma tante, elle doit venir à Paris.

On pourait songer à reduire cette différence en postulant systématiquement l’enchainement des énoncés attestés A dans une structure de la forme:

Je+(verbe de parole)+A

Dans l’esprir de l’analyse performative. Cette solution se heurte à de nombreuses difficultés, Ducrot a pour exemple signalé le problème des adverbes énonciation qui peuvent qualifier unverbe de parole comme affirmer, dire. C’est le cas par exemple pour avec franchise. On a bien en effet:

Il m’a dit avec franchise qu’il s’ennuyait.

Mais non:

Avec franchise, il s’ennuie.


- Vérifonctionnalité vs. argumentativité

Les connecteurs logiques sont vérifonctionnels: la valeur de vérité du composé dépend uniquement des valeurs de vérité des composants et du connecteur utilisé. Les connecteurs pragmatiques remplissent des fonctions de liaison et orientation beacoup plus diversifiées, qui toutes prennent en compte le sens et les intentions porteuses des énoncés qui tombent sous leur portée.

L’analyse logique ds connecteurs pragmatiques


La théorie logiste réduit les connecteurs pragmatiques aux connecteurs logiques. Ainsi, du point de vue vérifonctionel P mais Q ne se différencie pas de P et Q. L’un et l’autre composé est vrai quand les deux propositions composantes le sont, et faut autrement: «les circonstancesd qui rendent vrais les énoncés composésés sont toujours les mêmes, savoir la vérité simultanée des deux composants, et cela que l’on utilise et, mais et bien que. L’utilisation de l’unde ces mots plûtot que d’une autre peut modifier le caractère naturel de l’expession et ainsi fournir incidemment un indice sur ce qui se passe dans l’esprit du lecteur, elle demeure néanmoins incsapable de faire la diffeérence entre la vérité ou la fausseté du composé. L adifférence de signification entre et, mais et bien que est rhétorique, non logique.» (Quine, 1973)

L’usage d’un concept de synonimie fondé sur les seules conditions de vérité conduit donc à rejeter hors de la langue, dans le rhétorique ou le psychologique, tout ce qui n’est pas vériconditionnel. Ceci a pour consequence de nier l’existence de la langue en tant qu’objet d’etude: on comprend que les linguistes voient d’un mauvais oeil une telle rédution. Mais les logiciens ont également critique la démarche: «Dans le calcul classique des propositions, on sait que les connecteurs – encorte une dénomination impropre – ne marquent pas une connexion véritable, un lien interne entre les propositions, mais une simple juxtaposition de faits sauf dans le cas du joncteur principal d’un tautologie, ils n’ont qu’unsens adjonctif et non pas vraiment connctif si le mot n’était pas barbare, il faudrait parler d’un sens purement juxtapositif, comme dans les descriptions par enumération: dans ce tiroir, il y a ceci, et puis cela La conjonction logiques juxtapose ainsi les propositions vrais; elle les met bien ensemble mais sans établir entre elles de liens véritables.»2

IV.5. Les connecteurs argumentatifs


L’acte de l’argumentation impose à l’interlocuteur une procédure interprétative qui a le rôle de satisfaire les introductions argumentatives. Ces introductions sont associées aux marqueurs argumentatifs comme les connecteurs argumentatifs. Leur fonction c’est de lier les actes de langage et de réaliser des actes d’argumentation au biais desquels l’interlocuteur comprendre qu’un énoncé est un argument en faveur d’une conclusion visée par le locuteur. Les connecteurs argumentatifs articulent les actes de langage, orientent l’énoncé, sont des marques des fonctions interactives et illocutoires. Les connecteurs confèrent au texte la qualité d’une argumentation fondée. Les principaux connecteurs argumentatifs sont: mais, eh bien!, car, parce que, puisque, d ailleurs, même, décidément, or.


IV.5.a. M a i s


Ce connecteur est indubitablement celui qui a été le plus étudi . Cela s’explique à la fois par sa fréquence et par le lien essentiel qu’il entretienne avec l’implicite. Selon Oswald Ducrot , et on croit qu’il a raison, la diversité de mais n’est qu’apparente et se réduit à la diversité de leurs conditions d’emploi.

Pour les grammairiens methodiques mais joue un rôle d’invrerseur à deux niveaux:

A.    Au niveau des idees, il peut exprimer une concession, quand la proposition qu’il introduit exprime un argument plus fort que celui de la proposition qui precède: Ainsi le choix, puis la responsabilite d’une écriture, designent une libereté, m a i s cette liberté n’a pas les mêmes limites au long de l’histoire.

Dans Rodrigue est petit, m a i s malin, on observe que la première observe la première proposition (il est petit) oriente vers une certaine conclusion, non formulée (il est vulnerable), alors que la seconde proposition, introduite par mais, exprime un argument plus fort que la première, qui impose la conclusion opposée (il n’ est vulnerable) .

B.     Au niveau de l’expression, dans le cadre d’une réfutation, ce connecteur permet de reformuler positivement et de spécifer ce que la proposition précédente présente negativement: Il n’est pas celibataire, m a i s marié depuis huit ans.

O. Ducrot a decouvert:

un m a i s de trasition illustré par M a i s revenons à ce problème.

un m a i s d’approbation trouve dans la proposition M a i s vous avez raison.

un m a i s d’addition: non seulement m a is encore

un m a i s de renforcement: On lui donne quelque chose à travailler, m a i s ce qui s’appelle travail.

un m a i s d’invitation présenté dans l’enoncé: M a i s venez donc diner chez nous.

Les classificetions proposés par Ducrot prennent seulement en considération, dans une phrase P mais Q, le type d’information apportée par P ou Q – et non pas le type de relation introduiote ou explicitee par mais. Ce connecteur argumentatif, marqueur du principe de contradiction argumentative, relie deux enonce: P mais Q. Il indique que le premier de ces énoncé comporte une visee argumentative (conclusion C) opposée à celle du second (conclusion non-C) et que le locuteur ne prenden charge personnellemnt que cette derni non-C) et que le locuteur ne prenden charge personnellemnt que cette dernière


conclusion. Soit symboliquement: P mais Q    



conclusion C conclusion non-C

On envisage ces exemples :

Rodrigue n’est pas grand m a i s il est fort.

Nos citoyens travaillent beaucoup, m a i s toujours pour s’enrichir.

Dans (1), l’énoncé non P (pas grand) laisse prévoir une implication du type : Il n’est pas fort non plus (non P→non Q). Malgré cette implication, 1) renverse la présupposition non grand→non fort pour affirmer non P m a i s Q.

Dans (2), l’énoncé P (Nos citoyens travaillent beaucoup) conduit vers la conclusion C’est bien (C), alors que l’énoncé Q, introduit par mais, qui l’enchaine acréditera la conclusion C’est mauvais (non C).

O. Ducrot et ses collaborateurs ont ainsi pu mettre en évidence la varieté des emplois de mais aboutissant au tableau suivant, où X et Y désignent les interlocuteurs :

I.      Mais est à l’intérieur d’une réplique d’un locuteur X:

X: P mais Q

Ex: Y: Je reviendras m a i s c’est la dernière fois.

X: Voilà qui est admirable; m a i s vopus devez guérir.

II. Mais est en tête de réplique et introduit un Q explicite:

X: Mais Q

Ex: Y: M a i s tu ne m’écoute pas!

Cela peut correspondre à plusieurs situations:

A.     Mais enchaine avec une réplique P d’un locuteur Y et marque l’opposition de X:

Y: P

X: mais P

Ex: Y: Je veux partir.

X: M a i s personne ne te retient.

a)    à l’acte d’énonciation de Y disant P

b)    aux conclusions que Y tire de P (bien que X admettre la vérité de P);

c)    à ses propres réactions.

III. Mais est en tête de la réplique et n’introduit pas de Q explicite:

X : mais

Ex: M a i s!

À l’intérieur de II.A, O. Ducrot distingue trois sous-catégories selon l’aspect de la réplique précédente au auquel s’oppose celui qui dit mais. Pour les illustrer, on donne trois réponses de X à l’annonce faite par Y: Julie est sortie.

a)    X : M a i s qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse !

On observe que X reproche à Y le fait même d’avoir dit ce qu’il a dit.

b)    X : M a i s nous avons tout le temps, nous attendrons.

On voit que X s’oppose seulement à la conclusion que, selon lui, Y souhaiterait lui voir tirer de ce qu’il a dit.

c)    X : M a i s non, je viens de lui dire quelque chose d’important.

Dans cet énoncé c’est la vérité même de ce qu’a dit Y qui est rejetée.

À l’intérieur de II.B., O. Ducrot propose aussi trois sous-catégories, mais différentes des trois précédentes:

a)    Il s’agit d’un comportement de la personne à qui le mais est adressé:

X: M a i s arrêtez de parler!

b) Le phénomène qui déclenche le mais n’est pas impiètable au destinataire de mais ou en tout cas pas à lui seul. Cette sous-catégorie peut être illustrée par l’exemple du type général:

X: M a i s séparez-les !

c) La personne qui dit mais se réfère à sa première réaction, non explicite, devant un événement antérieur.

X: M a i s vous avez raison !

Ducrot observe que l’événement initial est d’ordre verbal (c’est la réponse de l’enfant) mais le mais ne s’articule pas directement sur cette réponse: il prend en considération l’incrédulité qu’elle avait d’abord suscitée chez l’oncle.

On a la même situation dans l’exemple suivant.

X: - Mais, pour Dieu, un peu d’huile et de vin.

Comme O. Ducrot et E. Eggs l’ont démontré, il y a deux types de mais: un mais « anti-implicatif » et un mais « compensatoire ».

Soient pour le premier type les exemples suivants:

Julien est malade m a i s il travaille.

Il gagne beaucoup d’argent m a i s il n’est pas content.

Il est le président du musée d’histoire m a i s il est pauvre.

Ces emplois sont nommés par E. Eggs épistatiques. Le mais de l’exemple: Nos concitoyens travaillent beaucoup, mais toujours pour s’enrichir. Est aussi anti-implicatif.

Le mais « compensatoire » apparait dans des situations comme:

Rodrigue n’est pas grand m a i s il est fort.

Cette voiture est chère, m a i s elle est confortable.

Cet homme est noir, m a i s il est le président d’une société très importante.

Soi aussi ce petit dialogue argumentatif:

Proposant: - Pierre doit être content (T), car il gagne beaucoup d’argent.

Opposant: - MAIS il a encore d’énormes dettes! (non –T)

Il y a là un principe important de la pratique argumentative.

Si le proposant n’attaque pas l’argument de l’opposant, c’est celui-ci qui comptera en dernière instance. Le dernier intervenant dans une chaine argumentative a donc un pouvoir communicatif de grande portée puisque c’est sa conclusion qui comptera jusqu’à nouvel ordre. E. Eggs appele ce phénomène principe du dernie intervenant.Ce principe agit surtout dans le cas du mais „compensatoire”.

Selon J.-M. Adam il y a aurait un mais „de réfutation” (mais1) et un mais „d’argumentation” (mais2).

Mais „de réfutation” se comprand dans une stratégie de dialogue conflictuel. Ce mais1 apparait surtout dans des énoncés de forme: Ce n’est pas P, mais Q et qui ont une valeur pragmatique globale de réputation englobant une correction (Nég. P, mais Q). La polyphonie s’y fait voir. P est une proposition qui a été déjà soutenue par un certain énonciateur. La négation de P est une réfutation de P, un énoncé sur un autre énoncé. Q est une proposition déclarée correcte et substituée à P pour rectifier la qualification niée par Nég P.

À envisager ces exemples:

(A)    Ce n’est jamais agréable d’être malade, mais il y a des villes et des pays qui vous soutiennent dans la maladie.

(B)     Son autorité sur ses enfants avait été redoutable, ses décisions sans appel. Mais ses petits-enfants tressaient sa barbe, on lui enforçaient dans les oreilles, des haricots.

Dans (A) on rètrouve un mais „de réfutation”, alors que le mais qui apparait dans la macro-structure concessive (B) représente une occurence du mais „argumentatif”.

Le mais „de refutation” est le marqueur d’un acte de rectification, de correction, acte qui devrait entrer – selon O. Ducrot dans la liste des actes illocutionnaires. Un dialogue implicite, une structure polyphonique entrent en jeu dans l’interprétation des énoncés à mais „de réfutation”.

Avec le mais „d’argumentation”, l’énoncé P mais Q revient à l’accomplissement de deux actes de parole successifs et d’un redressement argumentatif.

Dominique Maingueneau consigue le fonctionnement du P mais Q argumentatif synthétisé par J.-M. Adam dans une sorte de carré de l’argumentation qui introduit un trife jen de relation:

(a)  P → r et Q → non – r = être un argument pour;

(b) R → non – r = être contradictoire avec;

(c)  P < Q = être argumentativement moins et plus fort.

P                            MAIS Q




conclusion r conclusion non – r

(implicite) (implicite)

On doit mentionner que Ducrot a suggéré de remplacer l’idée d’un argument « plus fort » qu’un autre par celle-ci: en disant P mais Q le locuteur déclare qu’il néglige P pour ne s’appuyer que sur Q, la force supérieure de Q n’étant qu’une justification de cette décision de négliger P.

Voici quelques exemples révélateurs du fonctionnement du mais « argumentatif »:

L’antichambre n’était à la vérité incrustée que de rubis et d’émeraudes. Mais l’ordre dans lequel tout était arrangé réparait bien cette extrême simplicité.

Michel était au comble de la joie mais pour moi, je ne riais: je m’attendais à le voir tomber dans les spasmes de l’agonie.

Marqueurs d’une stratégie discursive de renversement, d’opposition énonciative, les différents types de mais présentent un trait sémantico-pragmatique commun. Ce qui est marqué dans les deux cas, mentionne M. Tutescu, c’est l’opposition du locuteur au destinataire (réel ou virtuel). Avec mais « de réfutation », on s’oppose à la légitimité de ce que le destinataire a dit ou pourrait avoir dit (ou pensé). Avec mais « d’argumentation », on s’oppose à l’interprétation argumentative que le destinataire donne à l’interprétation argumentative que le destinataire donne à l’énoncé P (ou à celle qu’il pourrait donner). Cette opposition, selon Ducrot , n’est pas une opposition entre propositions ou énoncés, mais une opposition – de nature polyphonique-entre interlocuteurs, le mot opposition étant pris au sens d’affrontement.

Bien souvent, mais introduit une réplique; il apparait alors dans un discours où l’énoncé antérieur P n’est pas explicité verbalement. Des exemples tels:

(a)  M a i s mange !

(b) M a i s ne fais pas de bruit !

(c)  M a i s fermez la fenêtre !

illustrent le mais « de réfutation ». Dans ce cas, Q prétend soit explicitement, soit implicitement orienter ou infléchir la conduite du destinataire; il constitue un ordre2. Ce qui est présupposé par ce mot est l’idée que le destinataire avait auparavant une conduite contraire à celle qui lui est ordonnée. M a i s mange! Ne se dit à un enfant que s’il renacle depuis un certain temps.

M a i s ne fait pas de bruit! on dit à quelqu’un qui en fait, l’énonciation de mais n’est nullement nécessaire si l’interlocuteur ne fait pas de bruit.

En utilisant M a i s fermez la fenêtre!,on s’oppose à une espèce de droit de ne pas fermer la fenêtre (conclusion r), que s’arrogerait le destinataire. Et le locuteur laisse entendre que son destinataire avait une sorte de devoir de faire ce qu’il n’a pas fait. On a vu jusqu’ici le fonctionnement du mais en diverses situations.

IV.5.b. E h b i e n!

Le connecteur eh bien! qu’on va analyser maintenant est d’un type différent. Il se présente, observe Christine Sirdar – Iskandar, comme une interjection qui associe une fonction phatique et une fonction argumentative. Quand eh bien! a une valeur argumentative, il souligne théatralement la pertinence de l’énonciation qu’il introduit contre les attentes d’un destinataire qui jugerait plus pertinente une autre énonciation.

Christine Sirdar-Iskandar décrit ainsi deux situations où apparait ce connecteur argumentatif:

Le locuteur réagit à une situation S, explicitée ou non, en produisant un énoncé Q introduit par eh bien! Cet énoncé Q est présenté comme une suite inattendue de S, eu égard aux croyances prêtées au destinataire ou à un tiers. On désignera par Q’ ce qui était attendu à la place de Q.

Le locuteur signale l’enchainement S        Q pour suggérer au destinataire une conclusion C, contraire à la conclusion attendue C’.

Dominique Maingueneau souligne le fait que Q puisse désigner trois choses différentes: l’acte d’énonciation, l’énoncé, le fait relaté par cet énoncé. Si avec mais c’était les conclusions qui étaient implicites ici c’est Q’ et C, autrement dit la suite normale et conclusion. Il arrive et même la situation S soit implicite. Selon la manière dont la conclusion C est amenée, C. Sirdar – Iskandar distingue deux cas:


C’est suggéré directement et même par le fait que S ait eu Q pour


On observe que le trait indique le rapport factuel entre un fait et sa suite, la flèche marque le rapport argumentatif entre un argument et la conclusion qu’il suggère:

E h b i e n! dit Martin, si les éperviers ont toujours en le même caract re, pourquoi voulez-vous que les hommes aient changé le leur


C’est suggéré par le fait que S n’ait pas eu la conséquence Q’:




On ne doit pas oublier les éléments essentiels du fonctionnement sémantico-pragmatique de eh bien! trouvés par C. Sirdar- Iskandar.

Il est nécessaire de distinguer l’enchainement qui fait de Q, la suite et éventuellement la conséquence de S (enchainement marqué         ) et le lion de conclusion ou l’argumentation (→) entre S ― Q d’une part, et C d’autre part.

Q est présentée comme inattendue, et substituée à une possibilité Q’ présentée soit comme attendue par le destinaire, soit comme normale étant donné certaines croyances implicites préalables.

L’argumentation introduite par eh bien! Peut prendre pour point de départ ou bien l’enchainement S——Q’, et les présenter comme indices d’une conclusion C.

Le «composant linguistique» de la description sémantique indique seulement l’existence de C et de Q’. Leur spécification est faite par le composant rhétorique.

La conséquence Q peut avoir un contenu intellectuel, être soit le fait contenu dans la proposition introduite par eh bien! (le dit), soit l’énonciation de cette preposition (le dire).

La conclusion C peut avoir un contenu intellectuel, être une représentation, mais elle peut être aussi une simple attitude demandée au destinataire. C’est le cas des eh bien! phatiques, qui prétendent obliger le destinataire à la parole:

- E h b i e n! dit le jeune homme.

E h b i e n! dit-elle.

On peut dire finalement qu’un mot comme eh bien! peut contribuer, dans la mesure où cette obligation de parler peut constituer la conclusion même que le locuteur demande au destinataire de tirer. On a vu donc dans ce sous-chapitre certains traits caractéristiques du fonctionnement sémantico-pragmatique de eh bien!.


IV.5.c. C a r, p a r c e q u e, p u i s q u e


Dominique Maingueneau considère ces connecteurs comme substituables, étant voués tous trois à marquer la causalité. En fait, ils ne peuvent être employés indiffférement, qu’ils coorespondent à des fonctionnement énonciatifs distincts. Donc, selon les grammairiens méthodiques , car, parce que, puisque n’ont pas la même valeur: parce que introduit la cause du fait énoncé dans la principale; , puisque introduit une justification de l’énonciation, qui est présentée par le locuteur comme une vérité allant de soi (la proposition est présupposée). La conjonction car introduit aussi une justification de l’énonciation de la proposition qui précède. On va voir très bien dans les exemples suivants:

Les prédicants de Surinam le persécutaient p a r c e q u’ ils le prennaient pour un socinien .

Monsieur le barou était un des plus puissant seigneurs de la Vestphalie, c a r son chateau avait une porte et des fenêtres.

Il faut que les enfants des rois de ce pays soient bien élevés p u i s q u’ on leur apprend à mépriser l’or et les pierreries.

Maingueneau observe que P parce que est la seule des trois connections qui constitue une véritable subordination syntaxique, qui suppose un acte d’énonciation unique. On sait qu’à la question pourquoi? On ne peut répondre qu’avec parce que; car et puisque y sont exclus. Il y a une situation quand seul parce que peut être enchassé dans une structure clivee:

C’est p a r c e q u’il m’a prouvé la preuve contraire que je l’adore.

On doit mentionner que puisque et car ne peuvent être enchassés dans une intérrogative:

Est-ce qu’il est venu pa r c e q u e (*c a r/p u i s q u e) je l’ai invité chez moi?

Le seul fait d’employer car, de justifier son énonciation, implique-t-il que P puisse faire l’objet de quelque contestation: c’est la vérité de Q qui rend légitime l’énonciation de P. Quant à la relation de causalité entre P et Q, elle est donnée comme allant de soi.

Maingueneau trouve deux façons en employant car: en se légitimant d’énoncer et en donnant Q comme une raison de croire P vrai:

Ils entrèrent dans une maison fort simple, c a r la porte n’était que d’argent, et les lambris des appartements n’étaient que d’or .



Il faut bien, disait-il, que les hommes aient un peu corrompu la nature, c a r ils ne sont point nés loups, et ils sont devenus loups.

Maingueneau a raison quand il affirme que puisque se rapproche de car en ce qu’il suppose lui aussi deux actes d’énonciation différents, mais il en diffèrent par sa dimension «polyphonique», c’est-à-dire par une dissociation entre l’instance qui profère l’énoncé et celle qui le prend en charge, qui en garantit la vérité. Dans P car Q, c’est en effet le même sujet qui prend en charge à la fois P et Q , tandis qu’avec P puisque Q la responsabilité du point de vue soutenu dans Q est attribuée à une instance énonciative distincte, un on qui selon les cas englobera le destinataire, la rumeur publique, tel groupe d’individus, voire l’énonciateur lui même (considéré indépendamment de cette énonciation-ci). Avec puisque, la vérité de Q est garantie par une instance autre que le locuteur et qui est censée reconnue par le destinataire. Cela explique l’agrammaticalité de car Q dans:

X: Marie va se marier.

Y: Tout va changer p u i s q u’(*c a r) elle se marie.

La nécessité d’y employer puisque s’explique par le fait que c’est à l’interlocuteur X qu’est imputée la responsabilité Elle se marie. On a observé qu’avec P car Q la même instance prend en charge P et Q.

Dominique Maingueneau nous montre que le processus argumentatif de P puisque Q s’appuie sur ce qui est déjà admis par celui que l’on entend convaincre, il vise à enfermer ce dernier pour lui imposer une conclusion P assurée par ce qu’il reconnait déjà à savoir Q. On ne peut pas oublier qu’en utilisant puisque on fait aller le destinataire de la vérité de Q à celle de P, tandis qu’avec P car Q le locuteur commence par dire P, puis revient se justifier avec Q. On a vu donc dans cette présentation que les connecteurs argumentatifs parce que, car et puisque n’ont pas la même valeur.


IV.5.d. D’a i l l e u r s


Le morphème d’ailleurs correspond à une seule entité linguistique: tout emploi de d’ailleurs repose sur le schéma sémantique suivant:

r: P d’ailleurs Q

Je ne veux pas acheter ce parfum (r): il a un odeur trop intens (P), d’a i l l e u r s les parfums de Xavier Laurent ne m’intéresse pas (Q).

Le locuteur prétend viser une conclusion r, il donne pour cette conclusion l’argument P qui la justifie et, dans un second moment discursif, il ajoute un argument Q, allant dans le même sens que P. Dans la mesure où P tout seul devait déjà conduire à r, Q est ainsi présenté comme n’étant pas nécessaire pour l’argumentation. Le locuteur prétend donc ne pas «utiliser» Q, mais seulement l’«évoquer» (en d’autres termes, tout en présentant Q comme un argument, il prétend ne pas argumenter à partir de Q).

L’argument Q est toujours co-orienté avec l’argument P. L’énonce Y régi par d’ailleurs présente toujours un argument Q qui s’ajoute à un argument ou à un ensemble d’arguments antérieurs P. Q est un argument supplémentaire. Il est pourtant à souligner que les éléments P et Q constituent deux jugements complets, séparables l’un de l’autre, indépendants sémantiquement l’un de l’autre. Cette indépendence sémantique de P et de Q doit, de plus, accompagner d’une indépendance logique. C’est que chacun des deux éléments doit pouvoir être refusé sans que l’autre soit pour autant invalidité. Cela explique pourquoi on ne peut pas insérer d’ailleurs dans Y si Y ne fait qu’exprimer un présupposé de X (d’où l’effet bizarre sinon anormal que produit d’ailleurs dans la relative de: *Julie, qui d’a i l l e u r s a acheté ce parfum, ne me l’a pas montré.)



L’effet de «dédoublement» introduit par d’ailleurs Q tient à des donnés pragmatiques, discursives, situationnelles. Grace à celui-ci, grace à l’apparition imaginaire – et imaginée par le discours – d’une seconde image de l’interlocuteur, l’acte d’argumentation apparait comme nécessaire.


On a observé dans l’étude de la pragmatique de l’énoncé et du discours

les points de vue de quelques auteurs: Dominique Maingueneau, Oswald Ducrot, Jacques Moeschler, Dominique Bassano, Corinne Rossari, Jacques Jayez, Mariana Tutescu. Ces auteurs ont étudié la nature de l’argumentation, qui s’appuie sur une démarche logique et explicite. Les connecteurs argumentatifs comme mais, eh bien!, car, parce que, puisque, d’ailleurs peuvent, alors, soit suivre une progression, soit marquer des ruptures, faisant preuve ainsi soit de fluidité et de cohérence, soit de heurts et d’irrégularités. Ces connecteurs établissent des liens qu’entretiennent les idées entre elles dans un texte argumentatif. Ces liens logiques peuvent être de nature différente afin d’exprimer les nuances de la pensée: addition, gradation, illustration (d’ailleurs), justification, cause (car, parce que, puisque), opposition (mais), conmséquence, conclusion (par conséquent). Nos études développent l’idée que la langue n’est pas seulement susceptible d’un usage argumentatif, mais qu’elle comporte, de façon intrinsèque et inscrite dans la structure même des énoncés, une fonction argumentative.

Mais l’étude réelle de l’émergence de la fonction argumentative dans la production littéraire, sous ses divers aspects, reste encore à faire. Au vue des quelques exemples que nous venons de donner on étudiera à l’aide des instruments de la théorie linguistique, les contraintes prototypiques de l’orientation, la co-orientation et la contre-orientation argumentatives.




















V. Les connecteurs argumentatifs – côté pratique


Pour une analyse pratique des connecteurs argumentatifs, j’ai choisi des fragments représentatifs de de loeuvre Candide ou l’optimisme de Voltaire. On doit mentionner le fait que cette oeuvre est une parodie, c’est-à-dire une écriture qui, par l’emploi de l’ironie – souvent marquée par l’emploi des connecteurs argumentatifs - , démontre que l’optimisme de Leibniz est faux et qu’il faut le tourner en dérision.


Au cours de son trajet initiatique, Candide s’aperçoit de l’abime existant entre son idéal et l’expérience qu’il avait traversée. Candide avait appris de son précepteur Pangloss que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles:


(E1) Je demande très humblement pardon à Votre Excellence, répondit Pangloss encore plus poliment, (E2) c a r la chute de l’homme et la malédiction entraient nécessairement dans le meilleur des mondes possibles.

(E3) Monsieur ne croit d o n c pas à la liberté? dit le familier.

Votre Excellence m’excusera, dit Pangloss; (E4) la liberté peut subsister avec la nécessité absolue: (E5) c a r il était nécessaire que nous fussions libres; (E6) c a r enfin la volonté déterminée


Dans ces répliques on observe que le connecteur argumentatif car, qui fait son apparition trois fois, introduit une justification de l’énonciation de la proposition qui précède. En employant car dans l’énoncé (E2) , le pesonnage donne (E2) – Q - comme une raison de croire (E1) – P – vrai. Un deuxième emploi de car - (E5) - c’est pour marquer la vérité de (E5) – Q – qui rend légitime l’énonciation de (E4) – P- . On observe un troisième emploi de car - (E6) – qui, par la manque du verbe-prédicat, laisse à l’interlocuteur la posibilité ouverte de choisir entre les deux emplois de car:

en se légitimant l’énonciation faite;

en donnant Q comme une raison de croire P vrai.

En ce qui concerne l’emploi du connecteur argumentatif donc – (E3) -, il marque la conclusion du raisonnement du familier. (E3) se constitue comme une conclusion de la prémise (E2) énoncée par Pangloss. L’interrogation adressée par le familier à Pangloss atteste son opinion à soi: Pangloss ne croit pas à la liberté.


(E1) Les pierres ont été faits pour être taillées et pour en faire des chateaux aussi monseigneur a un très beau chateau: le plus grand baron de province doit être le mieux logé; et les cochons étant faits pour ètre mangés, nous mangeons du porc toute l’année . (E2) P a r c o n s é q u e n t, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise: il fallait dire que tout est mieux.


On repère dans ce fragment le connecteur pragmatique par conséquent qui indique que le locuteur, Pangloss, par l’énoncé en question - (E2), tire une conclusion de ce qui précède - (E1). La conclusion a un caractère universellement valable.



Au cours de son trajet initiatique, le héros, Candide, connait toutes les absurdités du monde: la persécution, l’intolérence, l’hypocrisie. Il se rend mieux compte que sa recherche n’a plus de sens et que la réalité diffère du rêve:


(E1) Ce savant, (E2) qui était d’ a i l l e u r s un bon homme, (E1) avait était volé par sa femme, battu par son fils, et abandonné de sa fille, qui était fait enlever par un Portugais. Il venait d’être privé d’un petit emploi duquel il subsistait; (E3) et les prédicants de Surinam le persécutaient (E4) p a r c e q u’ ils le prennaient pour un socinien.


Dans ce petit fragment, il est visible le connecteur d’ailleurs. On observe que la conclusion (E1) – r – de p d’ailleurs q est une inattendue pour le lecteur: malgre le fait que ce savant était un bon homme, avait été volé, battu, abandonné Par le verbe être, le savant est qualifié d’un bon homme: p était d’ailleurs q- (E2), mais il est le «patient» de l’action de sa famille, les agents qui rendent possible sa malheur. Son malheur est aussi visible dans l’action d’un autre agent, les prédicants (E4) . Au niveau textuel on remarque l’emploi du connecteur parce que qui introduit la cause du fait énoncé dans la principale - (E3).


(E1) Je ne suis pas généalogiste; (E2) m a i s (E3) si ces prêcheurs disent vrai, (E2) nous sommes tous cousins issus de germain. (E4) O r vous m’avouerez qu’on ne peut pas en user avec ses parents d’une manière plus horrible.


Dans la première phrase, l’énoncé non P - (E1) – laisse prévoir une implication de type: Je n’ai jamais été généalogiste→nous ne sommes pas tous cousins issus de germain: non Pnon Q. Malgré cette implication, la première phrase renverse la présupposition Je ne suis pas généalogiste→nous ne sommes pas tous cousins issus de germain pour affirmer non P mais Q , c’est-à-dire (E1) mais (E2). L’interlocuteur – le nègre - est sûr que les locuteurs eux-mêmes (les précheurs qui «disent vrai») soient convaincus de la fausseté de la proposition (E2) qui constitue l’objet du rejet: Or (E4). Ce or est doublé par le connecteur mais qui marque aussi le doute du nègre. Opérateur d’argumentation, la conjonction or marque la manière où cet indicateur oriente le jugement de l’esclave nègre et indique un moment particulier de son raisonnement.


Oui, dit l’abbé; mais c’est en enrageant: car on s’y plaint de tout avec de grands éclats de rire; m ê m e on y fait en riant les actions les plus détestables.


Le connecteur qu’on analyse, même, est un même «enchérissant» qui accentue les dires du locuteur: les Parisiens sont malicieux, faux, mesquins, sans normes morales. Le connecteur même relie deux énoncés orientés vers une conclusion commune: on y fait en riant les actions les plus détestables.


E h b i e n! dit Martin, si les éperviers ont toujours eu le même caractère, pourquoi voulez-vous que les hommes aient changer le leur?


Dans ce dialogue, on repère la présence du connecteur eh bien!. Le locuteur, Martin, réagit à une situation S, explicitée, en produisant un énoncé Q introduit par eh bien!. Cet énoncé Q est présenté comme une suite inattendue de S, en égard aux croyances prêtées au destinataire Candide. On voit que par le connecteur eh bien!, Martin accentue la vérité de ses dires. De l’énoncé Q on obtient le présupposé Q1: Les éperviers ont toujours eu le même caractère (Q)→Les éperviers ne changent pas leur caractère (Q1). De l’énoncé Q’ on obtient le présupposé Q’1: Les hommes ont toujours eu le même caractère (Q’)→Les hommes ne changent pas leur caractère (Q’1). Ce Q’1 représente donc la conclusion de Martin, sous la forme d’une interrogation. On remarque que cette interrogation est adrésée à Candide et transmet indirectement l’opinion de Martin, opinion qui y est soulignée.


La seule place où Candide observe des aspects positifs c’est le pays d’Eldorado, un paradis qui se trouve en opposition avec le Paris.


- Où sommes-nous? s’écria Candide. Il faut que les enfants des rois de ce pays soient bien élevés, p u i s q u’ on leur apprend à mépriser l’or et les pierreries.


On y voit que le connecteur argumentatif puisque, tout comme car, introduit une explication du fait que les enfants du roi n’apprécient pas l’or et les pierreries.


M a i s, monsieur Martin, avez-vous vu Paris?

Oui, j’ai vu.


Dans ce dialogue on remarque le connecteur mais situé en tête de réplique. On peut dire qu’il s’agit d’un mais «de transition», une façon trés simple de continuer la conversation et d’apprendre de nouvelles informations.


Dans tous ces fragments, l’interlocuteur, conçu comme un «un moi idéal», peut être envisagé comme un partenaire idéal de la coopération: «un locuteur qui envisage une démarche argumentative en imaginant la présence d’un auditoire qui , au-delà du fait qu’il est capable de le suivre et de répondre à ses solicitations, peut aussi le tester et l’évaluer. Un auditoire qui a cette compétence-là est un partenaire idéal d’une rencontre dialectique.» (Golden)








Conclusions


Le sujet de ce travail, comme le titre le suggère, est de mettre en évidence le rôle des connecteurs et de certaines techniques argumentatives dans la langue et le discours. On sait que l’acte de l’argumentation impose à l’interlocuteur une procédure interprétative le rôle de satisfaire les opérations argumentatives. L’argumentation suppose des tehniques de persuasion, et elle est liée à l’art de plaire. Si l’on maitrise certains procédés argumentatifs, on peut manipuler notre adversaire. Mais l’argumentation peut aussi être considérée comme un mode d’organisation du discours, d’une double perspective, linguistique et pragmatique, que je me suis appliqué à développer dans deux chapitres de mon étude. La dimension communicationnelle n’aurait pas pu, d’ailleurs, marquer de mon étude, puisque l’influence exercée sur un auditoire reste le but de toute argumentation. Toucher et émouvoir le public sont également des opérations qui m’ont conduit à parler de la théatralité de l’argumentation, que j’ai décrite tout en indéquant les stratégies caractéristiques.

Après avoir passé en revue certaines techniques argumentatives, j’ai analysé les connecteurs argumentatifs les plus importants, ceux qui ont la fonction d’orienter l’interprétation des énoncés d’une certaine maniére ( mais, eh bien!, car, parce que, puisque, d’ailleurs). Ces connecteurs sont donc des composants obligatoires du discours argumentatif.

J’ai choisi le texte de Candide ou l’optimisme pour faire une analyse linguistique des connecteurs argumentatifs qui ont la fonction de lier les actes de langage et de réaliser des actes d’argumentation. J’ai observé que étant donné le fait que cette oeuvre est une parodie, l’ironie y est souvent marquée par l’emploi des connecteurs argumentatifs. Marqueurs évidents de la pertinence des énoncés, les connecteurs argumentatifs ont le rôle d’effectuer des transformations sur des sitations discursives. En guise de conclusion, je peux dire que ce domaine de l’argumentation est très vaste et je crois que le sujet de ce travail reste ouverte.

Pour tous les théoriciens de l’argumentation, les connecteurs argumentatifs sont devenus de vives permanences, des liants entre le présent et le passé, des pierres de frontière qui veillent le chemin de l’histoire des mutations des idées de l’humanité. Tout auteur essaye la peur de rencontrer des lecteurs insatisfaisants, qui se content seulement de lire, sans faire l’effort de reconstruire l’oeuvre. On espère que nous nous sommes avérés des lecteurs capables, qui valent la peine d’y écrire.

On se rend compte que de nombreuses questions sont restées inabordées. Même si on a hésité face aux difficultés, on a été satisfait par la seule aventure d’essayer de les dépasser.












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D’ après Nestor, ce général dont parle Homère (Iliade, ch. IV) qui avait placé au milieu de ses troupes, celles dont il était le moins sûr.

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Ibid., p.71.

Ibid., p.72.


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Id., Ibid.

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Id., Les Premiers analitiques, Paris, Vrin, 1966, p. 23.

Cf. Aristote, Les Premiers analitiques, Paris, Vrin, 1966, p. 23.

Apud. Pierre Oléron, L’Argumentation, p. 46.

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Apud. M. Tutescu, Op. cit., p.296.

Apud. M. Tutescu, L’Argumentation. Introduction à l’étude du discours, p.296.

Apud. Ibid.

Jacques Moeschler, Argumentation et conversation. Éléments pour une analyse pragmatique du discours, pp.62-63

Id., Ibid.


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Apud. Christian Plantin, Essais sur l’argumentation. Introduction linguistique à l’étude de la parole argumentative, Paris, Kimé, 1990, p. 40.

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Ibid., p. 103.

O. Ducrot et al., Les Mots du discours, p. 129

E. Eggs, Grammaire du discours argumentatif. Le topique, le générique, le figuré, Paris, Kimé, 1994, p. 47

Ibid., p. 20

Apud. M. Tutescu, L’Argumentation. Introduction à l’étude du discours, Bucuresti, Ed. Universitatii , 1998, p. 300.

Apud. Ibid., p. 20


Apud. M. Tutescu, L’Argumentation. Introduction à l’étude du discours, p. 302.

D. Maingueneau, Pragmatique pour le discours littéraire, Paris, Bordas, 1990, p. 58.

M. Tutescu, L’Argumentation. Introduction à l’étude du discours,Bucuresti, Editura Universitatii, 1998, p. 303.

O. Ducrot et al., Les Mots du discours, Paris Minuit, 1980, p. 128.





O. Ducrot et al. Les mots du discours, Paris, minuit, 1980, p. 190

On rappelle que R. Jakobson entend par « fonction phatique » la fonction qui établit ou maintient le contact avec le co-énonciateur

O. Ducrot, Op. cit., p. 162.

D. Maingueneau, Pragmatique pour le discours littéraire, Paris, Bordas, 1990, p. 67.

Voltaire, Candide ou l’optimisme,Paris, Bordas, 1975, p. 131.

O. Ducrot et al., Les Mots du discours, Paris, Minuit, 1980, p. 190

D. Maingueneau, Pragmatique pour le discours littéraire, p. 70.

M. Riegel, J. Cr. Pellat, R. Rioul, Grammaire méthodique du français, 1999, p.620.

Voltaire, Candide ou l’optimisme, p.122.

Ibid., p.104.

Voltaire, Candide ou l’optimisme, p 104..

D. Maingueneau, Pragmatique pour le discours littéraire., p. 70.

Voltaire, Op. cit ., p. 71.

Ibid ., p.108.

Voltaire, Candide ou l’optimisme, p.55.


D. Maingueneau, Pragmatique pour le discours littéraire, p. 73.

O. Ducrot, Les Mots du discours, p.195.

M. Tutescu, L’Argumentation. Introduction à l’étude du discours, p. 309.

Voltaire, Candide ou l’optimisme, Paris, Bordas, 1975, p. 59.

Cf. D. Maingueneau, Pragmatique pour le discours littéraire, Paris, Bordas, 1990, p. 71.

Voltaire, Candide ou l’optimisme ,p. 40.

Voltaire, Candide ou l’optimisme, p. 122.

Voltaire, Candide ou l’optimisme, p.118.

Cf. M. Tutescu, L’Argumentation. Introduction à l’étude du discours, p.299.

Voltaire, Op. cit., p.134.

Cf. M. Tutescu, Op. cit., p. 304.

Voltaire, Candide ou l’optimisme, p. 131.

Id.,Ibid., p.106.


Voltaire, Candide ou l’optimisme, p. 129.

Apud. Ch. Plantin, Essais sur l’argumentation. Introduction linguistique à l’étude de la parole argumentative, p.215.



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